Du 9 au 12 mars 2026, des experts des télécoms se sont retrouvés à Accra, au Ghana, pour leur session iPRIS de suivi en Afrique, après une première rencontre en Suède. Pendant quatre jours, des autorités nationales de régulation (ANR) venues de la National Communications Authority du Ghana (NCA Ghana), de la Communications Authority du Kenya (CA Kenya), de la Botswana Communications Regulatory Authority (BOCRA Botswana), de la Lesotho Communications Authority (LCA Lesotho) et de la Public Utilities Regulatory Authority of The Gambia (PURA Gambie) ont travaillé ensemble pour faire avancer leurs Initiatives de changement (IC), de la conception à l’action réglementaire concrète. La Malawi Communications Regulatory Authority (MACRA Malawi) a participé en ligne.
Les partenaires de mise en œuvre, SPIDER et l’Autorité suédoise des postes et télécoms (PTS), étaient également présents, aux côtés de représentants de l’Union européenne et d’organisations sous-régionales de régulation : l’Association des régulateurs des communications d’Afrique australe (CRASA), l’Organisation des communications de l’Afrique de l’Est (EACO) et l’Assemblée des régulateurs des télécommunications en Afrique de l’Ouest (ARTAO).
Partout en Afrique, des experts des télécoms travaillent à réduire la fracture numérique et à soutenir le développement d’économies numériques inclusives. À l’échelle mondiale, environ 6 milliards de personnes, près des trois quarts de la population, utilisaient Internet en 2025, contre une estimation révisée de 5,8 milliards en 2024. Pourtant, 2,2 milliards de personnes restent hors ligne, contre 2,3 milliards en 2024 (UIT, 2025). Les réseaux mobiles couvrent désormais environ 95 % de la population africaine, mais seulement 40 % utilisent réellement l’Internet mobile. Cet écart d’usage, lié au coût élevé des appareils, au manque de compétences numériques et aux obstacles d’accès, reste l’un des plus grands défis de connectivité du continent (GSMA, 2025). Ces chiffres rappellent à quel point les régulateurs des télécoms sont indispensables pour élargir l’accès au numérique, en particulier pour les communautés mal desservies.

En renforçant les cadres réglementaires dans des domaines comme l’accessibilité tarifaire, la gestion du spectre, la protection des consommateurs et l’inclusion numérique, ces efforts visent à améliorer l’accès à une connectivité abordable, aux services numériques et aux opportunités économiques pour les citoyens des pays participants. La session au Ghana s’est donc concentrée sur le bilan des IC et le renforcement de la collaboration réglementaire régionale.
Dans le cadre du cycle structuré d’apprentissage entre pairs d’iPRIS, la session au Ghana a marqué le passage de la planification à la mise en œuvre. Après les sessions intensives d’échange de connaissances en Suède en novembre 2025, les experts se sont retrouvés pour évaluer l’avancement de leurs IC, partager leurs expériences et affiner leurs stratégies de mise en œuvre. Les sessions quotidiennes portaient sur le bilan des IC, le renforcement des capacités réglementaires à travers des interventions d’experts en prospective stratégique, inclusion numérique et gestion de projet, l’approfondissement de la coopération régionale via l’apprentissage entre pairs, et les présentations « Marche à suivre » pour les IC.
Jour 1 : De l’engagement aux résultats – les régulateurs font avancer leurs Initiatives de changement
La journée a débuté par les discours d’ouverture du Rév. Ing. Edmund Fianko, Directeur général de la NCA, et de Gisela Spreitzhofer, de la délégation de l’UE au Ghana. Ils ont mis l’accent sur les bénéfices de la connectivité pour les secteurs du développement, la transformation numérique en Afrique et les IC des ANR, donnant le ton d’une semaine collaborative. Comme l’a souligné le Rév. Ing. Edmund Fianko :

Dès la fin de la matinée, les ANR ont présenté l’avancement de leurs IC. C’était la première journée d’une collaboration intense et d’un apprentissage entre pairs nourri. Ces initiatives visent à renforcer les systèmes numériques, élargir l’accès, améliorer la qualité de service et préparer les régulateurs aux technologies émergentes. Les sujets abordés comprenaient l’élaboration de politiques spectrales, l’accès au haut débit et la connectivité communautaire, l’infrastructure à clés publiques (PKI), la préparation à la gouvernance de l’intelligence artificielle, la régulation satellitaire et la protection des consommateurs.
Cette session a montré comment les régulateurs passent de la réflexion à l’action, avec des solutions concrètes qui améliorent les technologies numériques tout en garantissant une connectivité inclusive. Le premier jour a offert un espace d’échange où les régulateurs ont partagé expériences, difficultés et solutions d’un pays à l’autre. Grâce à ces échanges, les experts ont non seulement fait avancer le secteur numérique, mais aussi renforcé leur capacité institutionnelle à gérer des marchés numériques en constante évolution.

Jour 2 : Renforcer les capacités réglementaires par l’apprentissage partagé
Le deuxième jour est allé au-delà des IC pour se concentrer sur le renforcement des compétences stratégiques et de l’expertise technique des régulateurs, à travers des présentations et discussions menées par des experts. Hans Hedin (PTS) a d’abord introduit la méthodologie de prospective stratégique – un outil qui vise à anticiper les tendances et les technologies émergentes pour planifier des régulations tournées vers l’avenir. Comme il l’a noté :

Diversité, Équité et Inclusion
L’inclusion numérique étant au cœur du projet iPRIS, une session sur l’inclusivité animée par Dr Caroline Wamala Larrson et Dr Cheikh Sadibou Sakho (SPIDER) tombait à point nommé. Dr Cheikh a insisté sur l’importance de l’engagement communautaire dans la régulation :

La présentation a mis en évidence la nécessité pour les régulateurs de considérer la régulation comme une construction sociale qui touche des personnes réelles, façonnée par les dynamiques de pouvoir. À travers des approches comme la Diversité, Équité et Inclusion (DEI) et des stratégies sensibles au genre, les participants ont découvert des méthodes pratiques pour étendre la connectivité aux populations mal desservies et promouvoir un accès équitable. Dr Caroline Wamala Larrson a ajouté :

Gestion de projet et SERA
Petra Rindby (SPIDER) a animé une session sur la gestion de projet et le Suivi, Évaluation, Redevabilité et Apprentissage (SERA). Cette session a guidé les ANR dans la structuration de leurs projets pour garantir leur alignement avec les IC. Elle a également insisté sur l’importance de croire en son projet :

Tout au long des présentations, les participants ont échangé et travaillé sur des projets concrets qui mettaient en pratique ces stratégies, affinant ainsi leur capacité de résolution de problèmes et de réflexion stratégique.
Le temps fort de la journée : la présentation « Smart Borders, Fair Billings » par des alumni NCA Ghana de la quatrième cohorte iPRIS. Cette session a rappelé que les communautés frontalières subissent directement les conséquences des lacunes réglementaires, et que résoudre les problèmes d’itinérance demande à la fois des solutions techniques et une coopération réglementaire.
Leur présentation a donné un aperçu concret des réglementations d’itinérance et des difficultés rencontrées lors de leur mise en œuvre, notamment à la frontière Ghana-Togo. Les participants ont exploré des situations réelles où les utilisateurs mobiles font face à des frais imprévus, des débordements de signal et des services d’itinérance incohérents, faute de coordination réglementaire.
En soirée, les participants ont partagé expériences, difficultés et solutions techniques de leurs propres pays. Parmi les problèmes soulevés : l’itinérance automatique dans les villes frontalières, les frais inattendus pour les consommateurs, les débordements transfrontaliers et le besoin d’une coordination réglementaire efficace entre pays voisins. Une session qui incarne l’esprit même de partage de connaissances d’iPRIS – la septième cohorte a appris des exemples concrets de ses pairs africains.

Jour 3 : Faire avancer la coopération numérique grâce à la collaboration régionale
iPRIS offre aux experts des télécoms une plateforme de collaboration au-delà des frontières. Lors de la session au Ghana, les ANR ont interagi avec les organisations sous-régionales de régulation (ORR) et des experts européens pour aborder ensemble les défis communs de l’écosystème télécom africain.
- Kristof Itana (CRASA), Mme Anuoluwapo Atte (ARTAO) et M. Andrew Changa (EACO) ont guidé les participants à travers des discussions individuelles sur les IC, partageant des éclairages sur les projets régionaux, les difficultés rencontrées et les solutions qui soutiennent les avancées nationales en matière de télécoms.
Ces échanges ont constitué un terrain d’apprentissage pour les ANR et ont illustré les efforts d’iPRIS pour apporter une expertise régionale aux régulateurs nationaux et renforcer les capacités réglementaires. Grâce à cette coopération régionale, iPRIS s’assure que les initiatives réglementaires sont concrètes et répondent aux besoins des citoyens à travers les pays.

Jour 4 : Du bilan à la mise en œuvre – définir la marche à suivre
Le dernier jour s’est concentré sur la traduction des enseignements en projets concrets. Les experts sont passés de la planification à l’application des connaissances acquises pour renforcer les écosystèmes télécoms nationaux et approfondir l’apprentissage régional. La session « Marche à suivre » a permis à chaque ANR de présenter les prochaines étapes de ses IC, en s’appuyant sur les orientations et les échanges de la veille. Concrètement, chaque ANR a exposé le périmètre, les méthodologies, les défis, les résultats attendus et les livrables du processus de mise en œuvre de ses IC. L’objectif était clair : permettre une connectivité et des marchés numériques inclusifs, et protéger les consommateurs dans les pays participants.
La session au Ghana a renforcé la mission centrale d’iPRIS : renforcer les capacités des régulateurs africains des télécoms grâce à l’apprentissage entre pairs, en aidant les ANR à construire des systèmes numériques inclusifs. En réunissant régulateurs nationaux et organisations sous-régionales, la session a montré comment la collaboration régionale favorise un développement numérique harmonisé et aide les pays à s’aligner sur des normes réglementaires et des pratiques efficaces. Comme l’a partagé Keamogetse Mmokele du Botswana :

La session au Ghana constitue l’une des nombreuses étapes du projet iPRIS. Alors qu’iPRIS continue d’accompagner les ANR dans les phases suivantes de leurs IC, équiper les régulateurs en connaissances et en capacités pour répondre aux défis numériques en évolution et accélérer une transformation numérique durable et inclusive en Afrique reste au cœur du programme.
iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER en partenariat stratégique et technique avec l’Autorité suédoise des postes et télécoms (PTS) et l’Institut luxembourgeois de régulation (ILR), ainsi qu’avec l’ARTAC, la CRASA, l’EACO et l’ARTAO.
iPRIS est financé par l’Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l’Initiative Team Europe « D4D pour l’économie et la société numériques en Afrique subsaharienne » (Code : 001).






