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Les régulateurs africains des télécoms font avancer les politiques numériques au service de leurs citoyens

Les régulateurs se retrouvent pour faire progresser leurs politiques numériques

Du 5 au 9 octobre 2026, iPRIS a organisé à Nairobi, au Kenya, la session de suivi en Afrique de sa huitième cohorte. Elle a réuni les régulateurs des télécoms de l'Autorité des télécommunications du Liberia (LTA), de l'Autorité de régulation des communications de Namibie (CRAN), de l'Autorité des technologies de l'information et de la communication de Maurice (ICTA), de la Commission nationale des télécommunications de Sierra Leone (NatCa), de l'Autorité de régulation des communications de Tanzanie (TCRA) et de l'Autorité de régulation des postes et télécommunications du Zimbabwe (POTRAZ), venus faire passer leurs initiatives de changement (IC) du concept à l'action réglementaire concrète.

À leurs côtés : les partenaires de mise en œuvre, SPIDER et l'Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS), des représentants de l'Union européenne (UE) et des organisations sous-régionales de régulation (ORR), dont l'Organisation des communications de l'Afrique de l'Est (EACO) et l'Assemblée des régulateurs des télécommunications de l'Afrique de l'Ouest (ARTAO). Les régulateurs s'étaient rencontrés une première fois à Stockholm en avril, lors de la session d'échange entre pairs en Europe. Six mois plus tard, ils se sont retrouvés à Nairobi pour adapter ces enseignements à leurs contextes nationaux.

Retour sur la session en Europe de la 8e cohorte : lire l'article.

En ouverture des travaux, David Mugonyi, directeur général de l'Autorité des communications du Kenya (CA), a salué l'esprit d'apprentissage entre pairs qui caractérise iPRIS et le rôle des régulateurs dans la révolution numérique en Afrique. Il a souligné le caractère concret du programme : y participer, c'est exercer un leadership fondé sur la coopération et le soutien mutuel. Parce que les défis des télécoms ignorent les frontières, il a invité les experts à partager leurs expériences, leurs projets réalisés et leurs plans. Pour lui, les régulateurs pèsent de façon décisive sur le rythme et le caractère inclusif de cette transformation.

Sofie Hilbom, ambassadrice adjointe à l'ambassade de Suède au Kenya, a prolongé ce message en invitant les régulateurs à voir dans la régulation du numérique non pas un simple exercice technique, mais un moyen de créer des opportunités.

Une régulation efficace, a-t-elle expliqué, favorise l'innovation, stimule la croissance socio-économique et renforce les institutions qui soutiennent le développement à long terme. Elle a aussi insisté sur l'importance de la collaboration régionale face aux défis communs que sont la cybersécurité et l'accès aux infrastructures.

Pour en savoir plus sur la séance d'ouverture : lire l'article.

Les régulateurs font le point sur leurs initiatives de changement

Dès le premier jour, les régulateurs ont montré comment leurs IC évoluent pour répondre concrètement aux besoins des citoyens. L'Autorité des télécommunications du Liberia a illustré cet esprit d'adaptation : son IC, d'abord consacrée à des lignes directrices sur le spectre 5G, porte désormais sur l'octroi de licences technologiquement neutres pour les réseaux privés, les consultations ayant révélé des lacunes plus urgentes en matière de connectivité industrielle. Ce changement de cap montre comment les régulateurs progressent en partageant leurs expériences et en remettant l'ouvrage sur le métier.

En Tanzanie, l'inclusion est au premier plan. Brian Marcus Kalinga (TCRA) a expliqué que la seule difficulté attendue concerne la collecte des données, l'identification des enfants restant lacunaire. Un nouveau numéro d'identification, le « Jamii number », permettra bientôt d'enregistrer les personnes dès la naissance. Cette innovation promet de meilleures données sur les enfants et les personnes en situation de handicap, pour que nul ne soit laissé de côté.

En Namibie, la CRAN mise sur l'anticipation avec les bacs à sable réglementaires : ils servent à tester des technologies de rupture avec les opérateurs mobiles avant un déploiement plus large, ce qui permet au régulateur d'en tirer des enseignements et de repérer les points à améliorer.

La Sierra Leone, qui travaille sur les satellites en orbite basse (LEO), a montré comment la connectivité peut atteindre les communautés mal desservies et réduire la fracture numérique. Les experts du Zimbabwe ont rappelé que la cybersécurité relève autant de la gouvernance que des protections techniques : leur cadre réunit cybersécurité et cybercriminalité dans une seule loi, de sorte que la protection des systèmes aille de pair avec la prévention et les poursuites. Les experts de Maurice ont insisté sur la coopération entre parties prenantes pour élaborer des cadres réglementaires efficaces, et prévoient d'associer les opérateurs de télécoms, les associations de consommateurs, les PME et l'ensemble du monde des affaires.

Ensemble, ces récits disent l'engagement des régulateurs pour un progrès centré sur les personnes : s'adapter, innover et veiller à ce que l'avenir numérique de l'Afrique soit inclusif, sûr et à l'écoute des besoins réels.

 

Prospective, inclusion et impact

La session de Nairobi s'est poursuivie avec des séances sur la manière dont la régulation du numérique peut façonner une croissance inclusive et préparer l'Afrique à un avenir connecté. Prospective stratégique, diversité, équité et inclusion (DEI), gestion de projet, gestion du spectre : autant de sujets où les régulateurs traduisent des enseignements internationaux en actions concrètes qui améliorent la vie des gens.

La séance de prospective stratégique, animée par Hans Hedin (PTS), a porté sur la façon dont les régulateurs peuvent anticiper les évolutions technologiques et concevoir des politiques au service de la société. La prospective ne consiste pas à prédire l'avenir mais à s'y préparer, en veillant à ce que l'innovation reste centrée sur l'humain et durable. Les régulateurs ont examiné l'influence de technologies émergentes comme l'intelligence artificielle sur les économies, les communautés et l'environnement, et la manière dont la collaboration entre secteurs aide à en gérer les effets de façon responsable.

« Lorsque nous examinons les technologies émergentes sous l'angle de la prospective stratégique, nous devons aussi tenir compte de leurs implications pour la cybersécurité et la vie privée. Si nous numérisons des services comme la santé, nous devons prendre des mesures pour que les informations sensibles soient protégées et que chacun continue de jouir de sa vie privée. » Hans Hedin, PTS

Dans le prolongement, la professeure Caroline Wamala Larsson (SPIDER) a animé la séance DEI, consacrée aux personnes et à l'inclusion. Les régulateurs ont étudié comment les politiques numériques peuvent garantir l'égalité d'accès et de représentation, en particulier pour les femmes, les jeunes et les personnes en situation de handicap. Parmi les exemples partagés, la TCRA a présenté son site web accessible, qui a incité d'autres institutions à adopter des fonctionnalités similaires : l'accessibilité peut faire école et profiter à davantage de communautés. L'inclusion, ont souligné les échanges, n'est pas un objectif atteint une fois pour toutes, mais un processus continu d'écoute, d'adaptation et de co-création.

La séance sur la gestion de projet et le suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage (SERA) a complété ces réflexions : comment mesurer la réussite à l'aune de résultats qui améliorent la vie des gens, plutôt que de livrables comme des rapports ou des systèmes. Viser des résultats de long terme, tels que l'accessibilité tarifaire de la connectivité, la confiance numérique et l'accès équitable, rend les progrès durables et porteurs de sens.

La séance sur la gestion du spectre, animée par Linus Melly (GSMA Kenya), a apporté un éclairage technique. Les régulateurs ont exploré comment les ondes radio invisibles qui transportent les signaux mobiles façonnent le quotidien : appels, internet mobile, mais aussi maisons connectées, agriculture numérique et villes intelligentes en devenir. Bien géré, le spectre permet aux opérateurs mobiles d'étendre la couverture, de réduire les coûts et de fournir une connectivité fiable au service de l'éducation, des entreprises et de l'innovation.

 

Collaboration régionale et cyberrésilience : les enseignements de la réunion du Groupe de travail 5 de l'EACO

La réunion du Groupe de travail 5 (WG5) de l'EACO, organisée conjointement par CA Kenya et l'EACO, s'est tenue en parallèle du programme iPRIS. Elle a offert aux régulateurs un cadre pour faire avancer la collaboration régionale et partager des enseignements pratiques sur la façon dont des initiatives conjointes peuvent accélérer la transformation numérique. Les progrès du Kenya ont donné le ton : 2,2 millions d'abonnements actifs, des applications de machine à machine en hausse de 24 %, et 54 millions d'abonnés à l'argent mobile générant près d'un milliard de dollars US de transactions par jour. Ces chiffres, présentés par Dominic Ooko (CA Kenya), donnent la mesure de la croissance numérique du pays et font écho à son appel : aux régulateurs de conduire le changement par la coopération et une innovation qui profite aux citoyens.

CA Kenya a présenté son IC sur la numérotation, le nommage et l'adressage, issue de la première cohorte iPRIS. Elle vise à accroître les capacités, à intégrer de nouvelles technologies comme IPv6 et à ouvrir des possibilités d'innovation et de recettes. Elle répond aussi à une décision de justice qui fait date : en reconnaissant les numéros comme des identifiants numériques privés, celle-ci change la manière dont les régulateurs abordent le recyclage des numéros et la protection des données. En intégrant très tôt la consultation des parties prenantes, le cadre gagne en souplesse et en transparence tout en préparant les prochaines évolutions technologiques.

Bengt Mölleryd (SPIDER) a ensuite fait le point sur les projets menés avec les ORR dans le cadre d'iPRIS : avec l'ARTAO et la CEDEAO sur la régulation de l'itinérance, où les enseignements européens sont adaptés aux contextes africains ; avec la CRASA sur l'harmonisation des indicateurs TIC, pour améliorer la qualité et la comparabilité des données ; avec l'ARTAC sur l'harmonisation des TIC, pour plus de cohérence ; et avec l'EACO sur un portail web léger de communication des données.

La cybersécurité s'est imposée comme un thème central. Pour le professeur Fredrick Blix (Université de Stockholm), la transformation numérique ne peut réussir sans systèmes sûrs. Il a exhorté les régulateurs à adopter des approches globales, qui concilient innovation et protection en intégrant la cybersécurité à chaque aspect de la régulation, de l'intégrité des données à la confiance du public. Protéger les infrastructures numériques est une nécessité technique, mais aussi un impératif démocratique.

Du progrès à la mise en œuvre : la marche à suivre

Le dernier jour, les autorités nationales de régulation (ANR) ont présenté leur « Marche à suivre » : les prochaines étapes de la mise en œuvre de leurs IC et de la poursuite de la collaboration au-delà de l'atelier. Les régulateurs ont insisté sur la nécessité de garder l'élan grâce à l'apprentissage entre pairs et à des rencontres de suivi. Les régulateurs des autres pays ont particulièrement relevé l'initiative de la TCRA, en Tanzanie, qui vise à améliorer l'accès au numérique des personnes en situation de handicap, un modèle que chacun gagnerait à examiner dans son propre contexte. Pour Melvin King, il est essentiel que chaque pays entende parler de cette IC, qui montre comment des systèmes numériques inclusifs peuvent transformer des vies. Des anciens participants et des experts des télécoms sont intervenus à distance, signe d'un engagement commun pour des progrès concrets et un impact durable dans la région.

Renforcer le leadership réglementaire de l'Afrique

Les IC présentées par la cohorte témoignent d'un mouvement croissant vers un leadership réglementaire plus fort et plus collaboratif en Afrique. En s'attaquant à de réelles lacunes institutionnelles et en privilégiant des solutions inclusives et tournées vers l'avenir, chaque pays contribue à un écosystème numérique plus résilient. L'impact attendu dépasse les réformes nationales : il pose les bases d'une coopération régionale, d'un apprentissage partagé et d'une régulation tournée vers les citoyens. À l'heure de la mise en œuvre, ces initiatives traduisent un engagement collectif à façonner l'avenir numérique de l'Afrique par l'innovation, la redevabilité et une gouvernance centrée sur les personnes.

Regardez les temps forts de Nairobi ci-dessous :

 

iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER en partenariat stratégique et technique avec l'Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS) et l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR), ainsi qu'avec l'ARTAC, la CRASA, l'EACO et l'ARTAO.

iPRIS est financé par l'Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l'initiative Équipe Europe « D4D pour l'économie et la société numériques en Afrique subsaharienne ».

 

16 octobre 2026
9 minutes
Actualités

Semaine 2 à Luxembourg : la 9e cohorte iPRIS voit la régulation en pratique

Luxembourg, du 14 au 18 septembre 2026

L'essentiel

  • La deuxième semaine a quitté les principes pour le terrain : ondes radio, réseaux à sécuriser, contrats et réclamations, numéros à attribuer.
  • Lundi, la gestion des fréquences a réuni l'ILR et les deux organisations sous-régionales de régulation (ORR) autour d'une même idée : le spectre ne se négocie pas seul.
  • Mardi, l'IBPT a rappelé qu'aucun acteur ne se défend seul contre les cybermenaces ; mercredi, l'ILR a montré comment la protection des consommateurs est devenue une mission à part entière du régulateur ; jeudi, la numérotation et la DEI ont posé la même question sous deux angles : à qui la régulation s'adresse-t-elle ?
  • Hors salle, la cohorte a visité SES à Betzdorf et les locaux de l'ILR, et observé au Škoda Tour de Luxembourg le contrôle du spectre en temps réel pendant un grand événement public,  le lundi 21 septembre. 
  • La troisième et dernière semaine mène aux présentations « Marche à suivre » du 23 septembre, où chaque autorité nationale de régulation (ANR) livrera le plan de son initiative de changement (IC).

Une semaine pour voir ce que les textes ne disent pas

La première semaine avait posé le cadre. La deuxième a répondu à une autre question : comment tout cela se pratique. Les huit ANR du Cameroun, du Tchad, de la RD Congo, du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, de la Mauritanie, du Bénin et de la Centrafrique, avec l'ARTAC et l'ARTAO, ont comparé leurs manières de faire à celles de l'ILR, de l'IBPT et de SPIDER, et les ont mesurées à leurs propres contextes.

Lundi : le spectre, un bien qui ne s'arrête pas aux frontières

Guy Mahowald (ILR) et Stéphane Mebaley Ekome (African communications office) ont repris la gestion des fréquences par le début : ce qu'est une onde radio, comment elle se propage, ce que l'eau, les bâtiments et la longueur d'onde changent à sa portée. Deux constats en découlent. Les ondes ne s'arrêtent pas aux frontières, d'où l'harmonisation par l'UIT. Et chaque système sans fil a besoin de sa propre bande, comme chaque véhicule de sa voie, sous peine d'interférences.

Les deux ORR ont donné à ce principe sa dimension régionale. Bernice Edande (ARTAC) a décrit les accords entre le Cameroun et le Tchad, le Cameroun et le Gabon, et avec la Guinée équatoriale : mesures techniques conjointes, visites de terrain, puis protocoles signés qui fixent des seuils d'utilisation. Ruffus Samuel (ARTAO) a expliqué comment l'ARTAO coordonne 16 pays et associe les opérateurs aux consultations, parce qu'un régulateur seul n'a pas toutes les données. Il a surtout mis en garde contre une Afrique qui arriverait divisée à la Conférence mondiale des radiocommunications de 2027, au risque d'être marginalisée dans l'attribution du spectre satellitaire.

Fatou Diack (ARTP Sénégal) a invité ses homologues experts de telecom à choisir des technologies adaptées aux réalités locales plutôt que de rester consommateurs de solutions venues d'ailleurs. Et lorsque les relations diplomatiques se tendent, ont noté les experts, les régulateurs gardent souvent un canal que les gouvernements n'ont plus : comités bilatéraux et organisations régionales règlent bien des interférences avant qu'elles ne remontent à l'UIT. L'après-midi à SES, la cohorte a vu comment le satellite complète les réseaux terrestres vers les communautés rurales et mal desservies.

 

Mardi : la sécurité se construit à plusieurs, les projets aussi

Pierre-François Vandenhaute (IBPT) a ouvert la matinée sur le paysage européen de la cybersécurité et l'interdépendance croissante entre communications par satellite et réseaux de données sécurisés, en distinguant l'architecture de SES, fondée sur des partenariats avec les opérateurs nationaux, des modèles directs au consommateur comme Starlink. Sheila Becker (ILR) a poursuivi sur la gestion des risques : la coordination des fréquences satellitaires se prépare parfois sept ans à l'avance, et l'intelligence artificielle entre dans la détection prédictive des menaces. Edgar Dugourd [institution à préciser] a conclu sur l'harmonisation réglementaire, les normes de chiffrement et la coopération transfrontalière.

L'après-midi, Malena Liedholm Ndounou (SPIDER) a ramené les IC à la méthode : chaîne de résultats, de l'activité au produit, du produit à l'effet, de l'effet à l'impact ; indicateurs et objectifs SMART ; données désagrégées par région, par genre et par population pour que l'évaluation n'oublie personne. La théorie du changement et le cadre SERA (suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage) ont fermé la boucle ouverte en première semaine : un projet ne réussit, a-t-elle rappelé, que lorsque ses résultats peuvent être vus, mesurés et compris.

Mercredi : protéger le consommateur, et l'outiller

Sophie Steichen et Stefania Salvati (ILR) ont retracé la trajectoire de leur institution : ouvrir le marché à la concurrence, encourager l'investissement et l'innovation, et aujourd'hui protéger et outiller le consommateur. Les leviers sont concrets : résumés de contrat standardisés, suivi de la consommation et protection contre les frais imprévus, règles sur la durée et la résiliation, changement d'opérateur avec conservation du numéro. Sur les litiges, l'ILR joue le médiateur ; la plateforme Stop SMS, née de la coopération entre le régulateur, les opérateurs et les associations de consommateurs, traite les réclamations liées aux SMS surtaxés. Côté information, MyILR, CheckMyNet et SmartCampaign aident les usagers à connaître leurs droits.

Les experts ont confronté ces outils à leurs marchés : poids du prépayé, mécanismes de réclamation, sensibilisation, accès dans les zones mal desservies. La Centrafrique et la Côte d'Ivoire ont élargi le débat à l'accès équitable : en Côte d'Ivoire, subventions et partenariats entre programmes publics et partenaires au développement ont couvert plus de 1 000 localités où l'investissement commercial, seul, peut être moins attractif. L'échange a fait ressortir la nécessité d'adapter ces approches à chaque contexte national tout en renforçant la coopération. La journée s'est achevée au Lëtzebuerg City Museum, dans la vieille ville.

Jeudi : un numéro est une responsabilité, une décision a des conséquences

Tom Meyers (ILR) et Richard Klein (IBPT) ont ouvert le plan national de numérotation du Luxembourg et les obligations des opérateurs notifiés : statistiques, redevances, interception légale, portabilité. Revente de numéros en cascade, fraude, usurpation du numéro appelant : les cas étudiés ont montré pourquoi une base comme IRCOM est indispensable à la traçabilité dans un environnement IP. Plusieurs régulateurs ont raconté leur passage de huit à dix chiffres, avec une leçon commune : planifier assez loin pour ne pas renuméroter deux fois. Sur la portabilité, les résultats divergent : plus de concurrence au Luxembourg, effet limité au Nigeria, où l'usage de plusieurs cartes SIM réduit l'intérêt de garder son numéro.

L'après-midi, Cheikh Sadibou Sakho (SPIDER) a repris la diversité, l'équité et l'inclusion là où la première semaine l'avait laissée, pour la rattacher aux domaines vus depuis lundi : spectre, numérotation, protection des consommateurs. Les exemples allaient de l'aide à la garde d'enfants aux obstacles que rencontrent les personnes en situation de handicap pour accéder aux technologies. Les experts de telecom ont débattu de la manière de concevoir conditions de licence, obligations de service universel et modèles MVNO pour réduire la fracture numérique sans créer d'autres exclusions.

 

Les trois fils de la semaine

  1. Le premier fil est celui de la donnée partagée. Lundi, Stéphane Mbale l'a dit à sa manière : quand douze administrations échangent leurs données de fréquences, chacune en apporte une et en reçoit onze [citation à vérifier sur l'enregistrement]. Mardi, l'IBPT a tenu le même raisonnement sur les cybermenaces : la sécurité repose sur des réseaux de confiance et le partage du renseignement. Les accords de l'ARTAC et les consultations de l'ARTAO reposent sur le même calcul.
  2. Le deuxième fil est celui de l'usager. Mercredi, l'ILR a montré ce qu'un régulateur peut faire pour lui   : un résumé de contrat lisible, un numéro que l'on emporte, un recours quand le SMS surtaxé tombe. Jeudi, la DEI a demandé pour qui ces mécanismes fonctionnent, et qui reste hors des statistiques. « L'accès numérique n'est pas une fin en soi », a résumé Cheikh Sadibou Sakho : la vraie question est de savoir si cette connectivité change réellement la vie des gens.
  3. Le troisième fil est celui de la pratique. SES, le Tour de Luxembourg, la base IRCOM, le cadre SERA : la cohorte a vu la régulation en train de se faire, avec ses instruments, ses bases de données et ses partenaires. C'est le sens de l'apprentissage entre pairs dans le programme iPRIS : des manières de faire que chaque ANR peut ramener chez elle.

 

Et maintenant ?

La troisième semaine referme la session d'échange en Europe. Les 21 et 22 septembre seront consacrés à la finalisation des initiatives de changement des participants, avec des échanges entre les ANR et les experts de SPIDER et de l’ILR. Les représentants de la WATRA et de l’ARTAC présenteront également leurs projets en cours, en mettant l’accent sur la collaboration régionale et le partage de connaissances. Des visites de sites FTTH, de POP/CT et de la Cour de justice de l’Union européenne viendront compléter ces activités . Le 23 septembre, chaque ANR présentera sa « Marche à suivre » : le plan de travail de son IC, avec ses étapes, ses appuis et ses indicateurs SERA, devant les pairs, les alumni et les partenaires du programme. Ce plan guidera les mois suivants, jusqu'à la session de suivi en Afrique.

 Une question restera ouverte après Luxembourg, et elle vaut pour chaque régulateur de la cohorte : parmi les outils vus cette semaine, du protocole d'interférence au résumé de contrat, de la base de numérotation aux données désagrégées, lequel peut être mis en place chez soi avant la session de suivi, et avec quels pairs ?

Questions fréquentes

  • Qu'est-ce que la 9e cohorte iPRIS ?

La 9e cohorte est la troisième cohorte francophone du programme iPRIS. Elle réunit huit ANR d'Afrique francophone et deux organisations sous-régionales de régulation (ARTAC et ARTAO) pour une session d'échange entre pairs en Europe du 6 au 23 septembre 2026 à Luxembourg, suivie d'une mise en œuvre des IC dans chaque pays et d'une session de suivi en Afrique.

  • Que se passe-t-il après les trois semaines à Luxembourg ?

Chaque ANR repart avec un plan de travail pour son initiative de changement, qu'elle met en œuvre dans son pays avec l'appui de ses pairs et des partenaires du programme. La cohorte se retrouve ensuite en Afrique pour une session de suivi consacrée aux avancées et aux ajustements.

 

 

À propos d'iPRIS

iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER en partenariat stratégique et technique avec l'Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS) et l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR), ainsi qu'avec l'ARTAC, la CRASA, l'EACO et l'ARTAO.

iPRIS est financé par l'Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l'initiative Équipe Europe « D4D pour l'économie et la société numériques en Afrique subsaharienne ».

 

24 septembre 2026
8 minutes
Actualités

Semaine 1 à Luxembourg : la 9e cohorte iPRIS passe de l’intention à la méthode

L’essentiel

  • Huit autorités nationales de régulation (ANR) du Cameroun, du Tchad, de la RD Congo, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Bénin et de la Centrafrique ont ouvert la semaine en présentant leur initiative de changement (IC) à leurs pairs.
  • Les régulateurs européens partenaires ont ensuite pris le relais : la BNetzA, l’ILR et l’ARCEP France sur la régulation du marché et l’indépendance du régulateur, l’Ofcom et l’ARCEP France sur les nouveaux sujets réglementaires et le déploiement de la fibre.
  • Au milieu de la semaine, SPIDER a apporté la méthode : gestion axée sur les résultats le matin, diversité, équité et inclusion (DEI) l’après-midi.
  • Trois idées ont traversé les quatre journées : toute décision réglementaire a une incidence sur des personnes ; un régulateur n’agit bien que s’il est indépendant ; aucun régulateur ne peut plus répondre seul aux défis du numérique.
  • La deuxième semaine s’ouvre lundi 14 septembre sur la sécurité des réseaux et la résilience, avec une visite de SES au château de Betzdorf dans l’après-midi.

Une semaine construite comme un entonnoir

La 9e cohorte du programme iPRIS, troisième cohorte francophone, est arrivée à Luxembourg le dimanche 6 septembre pour trois semaines de formation accueillies par l’Institut luxembourgeois de régulation (ILR). La première semaine a suivi une progression voulue : dire ce que l’on veut changer, comprendre le cadre qui le permet, apprendre à le planifier, puis confronter le tout aux sujets qui bousculent aujourd’hui tous les régulateurs. Vendredi, les délégations ont retrouvé, dans les locaux de l’ILR, les experts de leur domaine pour des échanges en petit format.

Lundi : huit initiatives de changement sur la table

La journée d’ouverture a été consacrée aux IC, cœur de la formule iPRIS. Chaque ANR a présenté le contexte de son secteur des télécoms, les résultats visés et les domaines où elle attend l’appui de ses pairs. Malena Liedholm Ndounou et Cheikh Sadibou Sakho (SPIDER), Tantely Jeans (ILR) et Ruffus Samuel (ARTAO) ont réagi à chaque exposé. Périmètre des initiatives, priorisation, implication des opérateurs, prise en compte de la DEI : les questions posées ce lundi ont servi de grille pour toute la semaine.

Mardi : l’indépendance comme condition de tout le reste

Avec Annegret Groebel (BNetzA), la cohorte est entrée dans les sessions de l’offre européenne conjointe : analyse de marché, puissance significative, mesures correctrices proportionnées, et un principe énoncé sans détour.

L’après-midi, Luc Birgen (ILR) et Antoine Samba (ARCEP France) ont montré ce que cette indépendance suppose concrètement : des garanties inscrites dans les textes, un mode de financement qui n’expose pas le régulateur, une autonomie de recrutement, et un dialogue permanent avec les opérateurs comme avec le niveau européen.

Mercredi : la méthode, et les personnes que l’on oublie

Malena Liedholm Ndounou (SPIDER) a repris les IC une à une avec la gestion axée sur les résultats : commencer par le problème, remonter à ses causes avec l’arbre à problèmes, relier chaque activité à un effet attendu, et suivre le tout par le SERA (suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage).

L’après-midi, Cheikh Sadibou Sakho (SPIDER) a déplacé le regard de l’infrastructure vers les usagers. Les taux de couverture sont élevés dans beaucoup de pays ; ce sont les écarts d’usage, liés au revenu, aux compétences, au genre ou au territoire, qui expliquent que des gens restent déconnectés. D’où la distinction entre égalité et équité, et l’invitation à réguler en fonction des besoins réels.

 

Jeudi : ce qui bouge, et pourquoi personne ne le régule seul

Camilla Bustani et Teddy Woodhouse (Ofcom) ont passé en revue les dossiers du moment : neutralité du net, services OTT, plateformes, sécurité en ligne, satellites en orbite basse. Un cas fictif de service de prêt mobile fondé sur l’IA a montré qu’un même service relève de plusieurs autorités à la fois. Antoine Samba a cité le groupe de travail de FRATEL sur l’autorisation des constellations satellitaires comme exemple de réponse collective. L’après-midi, la régulation française de la fibre a illustré l’importance des règles pratiques : partage d’infrastructures, réutilisation des fourreaux et des poteaux, cadre symétrique FTTH.

Les trois fils de la semaine

Le premier fil est celui des personnes. Lundi, Malena Liedholm Ndounou rappelait qu’il ne faut « pas être naïf » : chaque décision d’un régulateur a une incidence sur les gens. Mercredi, la session DEI a donné à cette idée sa méthode. Jeudi, les débats sur la protection des consommateurs et des enfants l’ont prolongée.

Le deuxième fil est celui de l’institution. L’indépendance défendue mardi n’est pas un principe abstrait : c’est ce qui permet à une ANR de porter une IC jusqu’au bout, face aux opérateurs comme face aux changements de priorités.

Le troisième fil est celui du collectif. Les IC ont été présentées devant des pairs, retravaillées avec des pairs, et jeudi a montré que les sujets qui les motivent, spectre, fibre, concurrence, plateformes, sont désormais les mêmes des deux côtés de la Méditerranée. C’est précisément le pari d’iPRIS : réduire la fracture numérique en renforçant les capacités des régulateurs africains des télécoms par l’apprentissage entre pairs, africains et européens, pour une connectivité inclusive et significative.

Et maintenant ?

La deuxième semaine reste sur le terrain de l’offre européenne conjointe : sécurité des réseaux et résilience lundi, avec une visite de SES au château de Betzdorf ; numérotation et adressage mardi, protection des consommateurs mercredi, puis gestion des fréquences et suivi-évaluation jeudi, avant une nouvelle journée de rencontres avec les experts de l’ILR vendredi. Les IC, elles, continueront de s’affiner jusqu’aux présentations « Marche à suivre » du 23 septembre.

 

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la 9e cohorte iPRIS ?

La 9e cohorte est la troisième cohorte francophone du programme iPRIS. Elle réunit huit ANR d’Afrique francophone et deux organisations sous-régionales de régulation (ARTAC et ARTAO) pour une session de formation en Europe du 6 au 23 septembre 2026 à Luxembourg, suivie d’une mise en œuvre des IC dans chaque pays et d’une session de suivi en Afrique.

Que se passe-t-il après les trois semaines à Luxembourg ?

Chaque ANR repart avec un plan de travail pour son initiative de changement, qu’elle met en œuvre dans son pays avec l’appui de ses pairs et des partenaires du programme. La cohorte se retrouve ensuite en Afrique pour une session de suivi consacrée aux avancées et aux ajustements.

 

À propos d’iPRIS

iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER en partenariat stratégique et technique avec l’Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS) et l’Institut luxembourgeois de régulation (ILR), ainsi qu’avec l’ARTAC, la CRASA, l’EACO et l’ARTAO.

iPRIS est financé par l’Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l’initiative Équipe Europe « D4D pour l’économie et la société numériques en Afrique subsaharienne ».

18 septembre 2026
5 minutes
Actualités

La 24e réunion annuelle de FRATEL se tiendra à Conakry les 29 et 30 octobre 2026

L'Autorité de régulation des postes et des télécommunications (ARPT) de la République de Guinée accueillera, avec l'Arcep France, Présidente par intérim de FRATEL en 2026, la 24e réunion annuelle du réseau francophone de la régulation des télécommunications. Le rendez-vous est fixé du jeudi 29 au vendredi 30 octobre 2026 à l'hôtel Radisson Blu de Conakry.

Le thème retenu cette année: «Quelles mesures pour soutenir le déploiement d'infrastructures pour le numérique ?». 

Trois tables rondes structureront les échanges. La première portera sur les initiatives publiques innovantes pour assurer la complétude des réseaux fixes et améliorer la couverture mobile. La deuxième examinera les mesures permettant d'atteindre les objectifs fixés dans les plans d'aménagement numérique des territoires. La troisième s'intéressera aux soutiens disponibles pour le déploiement de nouvelles infrastructures numériques.

La rencontre s'ouvrira en réalité dès le mercredi 28 octobre. L'UIT animera ce jour-là un atelier consacré à son outil d'étude et de modélisation économique mondiale (GEMS), dédié au déploiement d'infrastructures numériques, dans la limite des places disponibles. La même journée, les dirigeants des autorités membres de FRATEL se réuniront autour du rôle des différents acteurs institutionnels dans l'aménagement numérique des territoires.

Le samedi 31 octobre, une rencontre informelle entre participants clôturera la semaine, prolongeant les échanges dans un cadre plus détendu.

Pour les régulateurs francophones, dont plusieurs participent au programme iPRIS, cette réunion constitue une occasion précieuse de partager des expériences concrètes sur un enjeu central : faire en sorte que les infrastructures numériques atteignent réellement les populations, y compris dans les zones les moins desservies. En Guinée comme ailleurs en Afrique francophone, la qualité de la régulation détermine en grande partie la vitesse et l'équité du déploiement.

Les informations pratiques et le programme détaillé seront communiqués prochainement par FRATEL.

28 août 2026
2 minutes
Actualités

Construire un avenir numérique inclusif au Forum du SMSI 2026

Le Forum du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) est reconnu comme le principal rendez-vous mondial consacré à l'avenir du développement numérique. Il est organisé chaque année par l'Union internationale des télécommunications (UIT), en partenariat avec l'UNESCO, le PNUD et d'autres agences des Nations Unies. L'édition 2026 s'est tenue à Genève, en Suisse, du 6 au 10 juillet 2026. Le Forum a réuni décideurs politiques, régulateurs, universitaires, représentants de la société civile et dirigeants du secteur privé pour débattre des stratégies et des partenariats capables de faire progresser une transformation numérique inclusive. Son objectif : favoriser la collaboration et l'échange de connaissances afin que les technologies numériques deviennent de puissants instruments de développement durable dans toutes les régions du monde. Selon l'UIT (2023), près de 2,6 milliards de personnes dans le monde restent hors ligne, ce qui souligne l'urgence des initiatives visant à étendre la connectivité significative et à réduire la fracture numérique.

Au cœur de cette conversation mondiale, SPIDER (Swedish Program for ICT in Developing Regions) a animé, le 8 juillet 2026, une session du SMSI intitulée « Favoriser un développement numérique inclusif : renforcement des capacités réglementaires grâce à l'apprentissage multilingue entre pairs entre l'UE et l'Afrique subsaharienne » (titre original en anglais : “Enabling Inclusive Digital Development: Regulatory Capacity-Building through Multilingual Peer-to-Peer Learning between the EU and Sub-Saharan Africa”). La session a montré le rôle décisif de la régulation des télécoms dans des secteurs comme l'éducation, l'économie et la santé, en prenant le programme iPRIS comme étude de cas. Il en est ressorti une exploration approfondie de la manière dont régulation, coopération et accessibilité forment la colonne vertébrale d'une transformation numérique significative. Le panel était modéré par Aliyu Aboki, qui a conduit les échanges avec précision et finesse. Les intervenants : Edna Soomre (SPIDER), Katarina Schyberg de l'Autorité suédoise des postes et télécoms (PTS), Tantely Jeans de l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR) et Manuel Cabugueira de l'ANACOM (Portugal). Chacun a apporté un regard singulier, façonné par son expérience réglementaire et son contexte régional.

La discussion s'est ouverte sur un constat : la régulation n'est pas seulement un cadre technique, c'est aussi un instrument social qui détermine si la technologie sert réellement les populations.

Elle a expliqué que le travail de SPIDER, à travers des programmes comme iPRIS, porte sur le renforcement institutionnel : bâtir la confiance, la continuité et la résilience au sein des autorités de régulation. Elle a donné des exemples concrets de la manière dont iPRIS a aidé des régulateurs d'Afrique subsaharienne à collaborer par-delà les frontières linguistiques et régionales. Elle a notamment décrit comment les régulateurs de Tanzanie et d'Ouganda ont travaillé ensemble pour harmoniser leurs lignes directrices sur la connectivité rurale, afin que les communautés mal desservies puissent accéder à des réseaux abordables et fiables. Elle a également relevé que les cycles multilingues d'iPRIS, en anglais, en français et en portugais, permettent désormais à des pays voisins qui peinaient auparavant à communiquer de partager leurs cadres réglementaires et de coordonner des initiatives numériques transfrontalières.

Katarina Schyberg est revenue sur le modèle d'apprentissage entre pairs qui définit iPRIS. Elle a décrit comment régulateurs européens et africains échangent autour de défis communs tels que la concurrence sur les marchés, la cybersécurité et les communications par satellite.

Katarina Schyberg a précisé qu'au fil des six cohortes anglophones organisées à ce jour, des régulateurs de dix-neuf pays africains anglophones ont pris part à des sessions intensives d'échange de connaissances de trois semaines. Chaque délégué arrive avec un projet national, appelé initiative de changement, qu'il affine au contact de ses pairs et d'experts d'Afrique et d'Europe. Elle a cité l'exemple de régulateurs du Kenya et du Ghana qui ont élaboré des cadres de protection des consommateurs de services numériques en s'inspirant de l'expérience suédoise en matière de transparence des prix et de concurrence loyale.

Aliyu Aboki a souligné l'importance de l'accessibilité et de la langue pour une collaboration efficace.

Son propos a fortement résonné avec la nature multilingue d'iPRIS, qui jette des ponts entre régulateurs anglophones, francophones et lusophones. Pour Aliyu Aboki, l'inclusion linguistique n'est pas un geste symbolique mais une nécessité pratique ; sans elle, des populations entières risquent d'être exclues du progrès numérique.

Tantely Jeans, de l'ILR (Luxembourg), a apporté une dimension humaine à la conversation, rappelant aux participants que la technologie seule ne garantit pas le progrès.

Elle a expliqué comment l'ILR s'appuie sur les réseaux européens de régulation, tels que FRATEL et l'ORECE, pour connecter régulateurs africains et européens. Elle a partagé un exemple parlant : la collaboration, dans le cadre d'iPRIS, entre les régulateurs tanzanien et gabonais pour coordonner le déploiement de l'infrastructure en fibre optique et en garantir l'exécution ordonnée et efficace. Elle a aussi indiqué que, grâce aux cycles francophones, des régulateurs de pays comme le Sénégal et le Bénin travaillent avec leurs homologues européens à des cadres de gouvernance des données qui concilient innovation et protection de la vie privée.

Apportant un éclairage économique, Manuel Cabugueira, de l'ANACOM, est revenu sur la manière dont la coopération réglementaire dépasse l'apprentissage et le partage de technologies.

Il a expliqué que la collaboration de l'ANACOM avec les régulateurs lusophones au sein du réseau ARCTEL montre comment une régulation harmonisée peut renforcer les échanges commerciaux et les liens économiques à travers l'Afrique. Manuel Cabugueira a cité les exemples de l'Angola et du Mozambique, où les régulateurs ont travaillé ensemble à l'alignement des normes de télécommunications, ce qui facilite des flux de données transfrontaliers plus fluides et des transactions numériques plus sûres. Il a également souligné que la coopération entre pays lusophones, de la Guinée-Bissau au Cap-Vert en passant par São Tomé-et-Príncipe, pose les fondations d'une infrastructure numérique capable de soutenir centres de données, informatique en périphérie et commerce numérique sécurisé.

Tout au long de la session, les panélistes sont revenus sur un thème central : la transformation numérique de l'Afrique doit reposer non seulement sur des infrastructures, mais aussi sur des institutions solides, capables de s'adapter à des défis émergents tels que l'intelligence artificielle, la cybersécurité, les services par satellite et l'identité numérique.

La richesse de la session doit beaucoup aux contributions de délégués issus de cohortes iPRIS antérieures. Winnie Mukholi, représentante de la Uganda Communications Commission, est revenue sur son expérience au sein de la cinquième cohorte iPRIS. Selon elle, l'un des aspects les plus précieux a été la possibilité d'échanger non seulement avec des régulateurs européens, mais aussi avec des pairs d'Afrique. En dialoguant avec des collègues de Tanzanie, d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique australe, elle a découvert que de nombreux défis réglementaires sont partagés à l'échelle du continent. Winnie Mukholi a souligné que cet échange régional lui a permis de comparer directement des solutions avec les pays voisins, ce qui rend les initiatives réglementaires plus concrètes et mieux adaptées. Elle a relevé qu'iPRIS accompagne les régulateurs pour que les initiatives de changement engagées pendant le programme soient menées à leur terme plutôt que laissées inachevées, un facteur décisif pour la crédibilité institutionnelle.

Dans le même esprit, Mbongeni Bafana Mtshali, du Royaume d'Eswatini, a insisté sur l'importance de l'apprentissage entre pairs pour trouver des solutions africaines aux défis africains. Si l'expertise européenne, comme celle partagée par la PTS, est inestimable, apprendre de ses homologues africains l'est tout autant, a-t-il expliqué. Il a raconté comment des visites d'institutions comme Ericsson lui ont ouvert les yeux sur l'ampleur des investissements et de la recherche qui façonnent les télécommunications mondiales, et comment la participation à des forums internationaux tels que le SMSI aide les régulateurs africains à peser sur le paysage numérique mondial. Il a exhorté davantage d'États membres à rejoindre iPRIS, soulignant que le programme renforce non seulement les capacités réglementaires, mais bâtit aussi une communauté capable de façonner collectivement l'avenir numérique de l'Afrique.

Pour conclure la session, une étape importante a été franchie avec la signature d'un protocole d'accord entre SPIDER et l'ANACOM. L'accord formalise un partenariat stratégique visant à approfondir la collaboration avec les pays lusophones d'Afrique, dont l'Angola, le Mozambique, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau et São Tomé-et-Príncipe. Ce protocole traduit un engagement à faire progresser le renforcement des capacités réglementaires et la coopération numérique au sein des nations lusophones, en cohérence avec l'approche multilingue d'iPRIS en faveur d'un développement numérique inclusif.

Cette session du Forum du SMSI 2026 l'a démontré : la connectivité significative ne consiste pas seulement à relier les personnes aux réseaux, elle consiste à les relier aux opportunités. Les discussions l'ont montré clairement, l'investissement dans les infrastructures doit s'accompagner d'un investissement dans les institutions. La transformation numérique réussit lorsqu'elle est inclusive, collaborative et guidée par la confiance et l'équité. Grâce à des initiatives comme iPRIS, les régulateurs d'Afrique et d'Europe posent les fondations d'un avenir numérique non seulement connecté, mais véritablement inclusif.

iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER, en partenariat stratégique et technique avec l'Autorité suédoise des postes et télécoms (PTS), l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR) et l'Autoridade Nacional de Comunicações (ANACOM), ainsi qu'avec l'ARTAC, la CRASA, l'EACO et l'ARTAO.

iPRIS est financé par l'Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l'initiative Team Europe « D4D pour l'économie et la société numériques en Afrique subsaharienne » (code : 001).

17 juillet 2026
7 minutes
Actualités

SMSI 2026: bâtir une communauté pour un développement numérique inclusif

Le Forum du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) se tiendra cette année du 6 au 10 juillet 2026 à Genève, en Suisse. Il réunira des dirigeants mondiaux, des décideurs politiques, des régulateurs, des organisations de la société civile, des représentants du secteur privé, des universitaires et des partenaires de développement afin d'explorer comment les technologies numériques peuvent faire progresser le développement durable et favoriser une transformation numérique inclusive à l'échelle mondiale.

Dans le cadre du programme du Forum SMSI 2026, le Programme suédois pour les TIC dans les régions en développement (SPIDER) animera une session le mercredi 8 juillet 2026. Les échanges porteront sur la promotion de la transformation numérique en Afrique subsaharienne à travers le renforcement des capacités réglementaires ainsi que des cadres et initiatives inclusifs. La session se tiendra sous le thème: Favoriser un développement numérique inclusif en Afrique subsaharienne: renforcement des capacités réglementaires grâce à l'apprentissage multilingue entre pairs. Le panel réunira cinq délégués des partenaires de mise en œuvre et des parties prenantes du projet iPRIS. Les discussions seront modérées par Aliyu Yusuf Aboki, secrétaire exécutif de l'Assemblée des régulateurs des télécommunications de l'Afrique de l'Ouest (ARTAO), qui présentera également l'agenda de la transformation numérique dans une perspective régionale africaine.

Edna Soomre, directrice du projet iPRIS chez SPIDER, ouvrira la discussion avec une présentation sur la transformation numérique centrée sur l'humain. Elle examinera comment les initiatives qui prennent en compte l'intersectionnalité dans l'espace numérique peuvent garantir que les technologies numériques contribuent de manière significative au développement social et économique. Katarina Schyberg, cheffe de projet iPRIS à l'Autorité suédoise des postes et télécoms (PTS), abordera la valeur des échanges réglementaires et de l'apprentissage entre pairs entre l'Union européenne et l'Afrique. Son intervention mettra en lumière comment la collaboration transfrontalière renforce les capacités réglementaires et soutient les efforts de transformation numérique.

Tantely Jeans, directrice de projet iPRIS à l'Institut Luxembourgeois de Régulation (ILR), explorera le rôle du renforcement des capacités multilingue dans la coopération réglementaire francophone et la facilitation des échanges de connaissances entre régulateurs des télécoms. Manuel Cabugueira, membre du conseil d'administration de l'Autorité nationale des communications (ANACOM), présentera la prochaine cohorte lusophone d'iPRIS, qui vise à étendre la collaboration réglementaire et les opportunités d'apprentissage entre pairs à l'Afrique lusophone. Enfin, Aliyu Yusuf Aboki, secrétaire exécutif de l'ARTAO, partagera un éclairage sur les efforts de l'organisation pour renforcer la coopération réglementaire sous-régionale et promouvoir des approches harmonisées du développement numérique en Afrique de l'Ouest.

À travers ces échanges, la session démontrera comment l'apprentissage multilingue entre pairs, la coopération régionale et des cadres réglementaires inclusifs peuvent contribuer à accélérer l'agenda de la transformation numérique de l'Afrique, tout en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte à l'ère numérique.

Inscrivez-vous en ligne pour suivre les sessions en direct: https://www.itu.int/net4/wsis/forum/2026/Agenda/Session/158

 

iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER, en partenariat stratégique et technique avec l'Autorité suédoise des postes et télécoms (PTS) et l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR), ainsi qu'avec l'ARTAC, l'ARCAA (CRASA), l'EACO et l'ARTAO.

iPRIS est financé par l'Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l'initiative Team Europe « D4D pour l'économie et la société numériques en Afrique subsaharienne » (Code : 001).

8 juillet 2026
3 minutes
Actualités

L’Afrique ne pourra pas combler la fracture numérique sans combler d’abord le déficit d’inclusion

 

«Ce que vous faites pour nous, sans nous, est contre nous.» Je suis souvent revenu à cette phrase au cours des derniers mois, en travaillant aux côtés de régulateurs des télécommunications à travers l’Afrique. Elle contient une leçon fondamentale, aussi valable pour la transformation numérique que pour les politiques sociales : un progrès qui n’inclut pas délibérément les populations risque de les laisser encore plus en arrière.

La transformation numérique de l’Afrique est souvent racontée à travers le prisme des infrastructures: expansion du haut débit, progression de la téléphonie mobile, essor des plateformes. Ces indicateurs traduisent une dynamique réelle. Mais derrière cet optimisme technologique, une question s’impose: connecter, oui, mais pour qui?

Mes réflexions sont en partie façonnées par ce que je continue d’observer au Sénégal. Les données nationales révèlent un déséquilibre frappant: seuls environ 16 % des populations rurales ont accès à internet, contre près de 60 % à Dakar. Les femmes en zones rurales sont 32 % moins susceptibles d’utiliser l’internet mobile que les hommes, un écart qui, bien que plus étroit en milieu urbain, reste significatif.

Touba, capitale spirituelle du mouridisme au Sénégal, incarne ce paradoxe. Lors du Grand Magal, la ville devient un nœud d'échanges mondiaux où la connectivité est indispensable. Mais une fois les foules dispersées, une autre réalité apparaît.

J’ai rencontré des familles dont les proches à l’étranger avaient acheté des smartphones, des gestes généreux destinés à combler la distance, pour que ces appareils restent finalement sous-utilisés. Dans certains foyers, l’électricité n’est pas garantie. Dans d’autres, le coût des données mobiles place la connectivité hors de portée. Un smartphone, dans ce contexte, devient moins une porte d’entrée vers les opportunités qu’un symbole des inégalités qui structurent l’accès au monde numérique.

La technologie, je l’ai compris avec le temps, ne trahit pas les gens. Ce sont les systèmes qui échouent lorsqu’ils confondent accès et inclusion.

L’Afrique n’est pas traversée par une seule fracture numérique, mais par des fractures internes profondes: entre hommes et femmes, entre zones urbaines et rurales, entre populations défavorisées et vulnérables. Près de 960 millions de personnes vivent dans des zones couvertes par le haut débit mobile sans être connectées. Les femmes restent 29% moins susceptibles que les hommes d’utiliser l’internet mobile, l'écart le plus élevé au monde. Surreprésentées dans l’économie informelle, elles figurent pourtant parmi celles qui pourraient le plus bénéficier du numérique pour développer des micro-entreprises et stabiliser leurs moyens de subsistance.

C’est précisément pour cette raison que la Diversité, l’Équité et l’Inclusion(DEI) doivent passer du statut de préoccupations périphériques à celui de piliers centraux des politiques numériques.

À travers le programme iPRIS, j’ai accompagné les régulateurs de six pays africains dans l’intégration de ces enjeux sociétaux au cœur de leurs Initiatives de Changement; gestion du spectre, concurrence, protection des consommateurs, services financiers numériques. Lors de la session de suivi à Cotonou en février 2026, j’ai animé un module sur la DEI dans la régulation des télécommunications, en posant une question essentielle: quel est l’impact de chaque initiative sur les populations, vues dans leur diversité? Ce qui m’a le plus frappé, c’est la mutation intellectuelle en cours: des institutions qui mesuraient leur succès en termes d’efficacité de marché commencent à demander qui bénéficie de cette politique, et qui risque d’en être exclu.

Mais ce changement n’est pas automatique. Nombre de professionnels du numérique ont été formés à mesurer la réussite à l’aune de l’efficacité; réduction des coûts, rapidité de déploiement, taux d’adoption. C’est une erreur d’analyse. Ignorer les dynamiques sociétales ne rend pas l’innovation plus rapide; cela la fragilise. Les technologies déconnectées des réalités sociales rencontrent des résistances. À l’inverse, les systèmes pensés dans une logique d’inclusion se révèlent plus robustes et plus durables.

Agir exige d’intervenir sur plusieurs fronts: des cadres réglementaires adaptatifs, des marchés concurrentiels, une gouvernance responsable des données, et des stratégies de connectivité qui s’étendent au-delà des grandes métropoles. Plus fondamentalement, cela exige un changement conceptuel: le numérique tend à devenir un bien commun mondial, dont la gouvernance ne peut être abandonnée aux seules forces du marché.

Je demeure résolument optimiste. Le débat s’affine. Les régulateurs posent des questions plus complexes. Les décideurs prennent conscience qu’une connectivité sans inclusion reste fragile.

Revenons un instant à Touba, capitale spirituelle du mouridisme et ville qui, périodiquement, devient l'un des lieux les plus connectés de la région lors du Grand Magal, quand des millions de personnes se rassemblent et que les réseaux numériques soutiennent communication, commerce et coordination à grande échelle. Pourtant, cette intensité est souvent temporaire. Une fois le pèlerinage terminé et les foules dispersées, la connectivité recule vers des usages inégaux, révélant que l'accès seul ne garantit pas une participation durable. Non loin de là se trouve Koki, encore largement un village, où de nombreux jeunes dont l'engagement limité avec internet illustre les conséquences plus silencieuses de la sous-connectivité, un apprentissage contraint, des perspectives économiques plus étroites et une exposition réduite aux écosystèmes numériques. Ensemble, Touba et Koki reflètent le paradoxe qui façonne une grande partie de la transition numérique africaine : des moments de forte connectivité côtoyant des lacunes structurelles persistantes. Le développement numérique inclusif ne consiste donc pas seulement à étendre les réseaux, mais à garantir un usage constant et significatif, afin que les bénéfices du progrès technologique soient plus largement et plus durablement partagés.

L’objectif ne devrait pas être seulement de réduire la fracture numérique, mais de la dépasser. Une ambition qui rejoint directement la Stratégie de transformation numérique de l’Union africaine (2020–2030), qui appelle à une connectivité inclusive, à l’harmonisation des cadres réglementaires et à un renforcement institutionnel à l’échelle du continent. Une vision dans laquelle iPRIS s’inscrit pleinement.

Le chemin vers une connectivité véritablement significative ne passe pas uniquement par la technologie.

Il passe, avant tout, par l’équité.

22 mai 2026
5 minutes
Actualités

La 8ᵉ cohorte d’iPRIS se réunit à Stockholm pour faire avancer la transformation numérique de l’Afrique

Du 13 au 29 avril, iPRIS a accueilli sa 8e cohorte à Stockholm, en Suède, pour un programme complet d’apprentissage entre pairs de deux semaines et demie. Les sessions d’échange de connaissances, qui ont marqué la fin du premier round du cycle iPRIS, ont réuni des autorités nationales de régulation (ANR) africaines, des organisations sous-régionales de régulation (ORR), les partenaires de mise en œuvre, dont l’Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS) et le Programme suédois pour les TIC dans les régions en développement (SPIDER), ainsi que des partenaires européens. Tous se sont retrouvés pour faire avancer et renforcer les initiatives de changement (IC) des ANR africaines. Le cycle a couvert des domaines clés du renforcement institutionnel, du renforcement des capacités, de la collaboration réglementaire et de l’échange de connaissances afin de consolider la capacité de régulation et de stimuler une transformation numérique inclusive en Afrique subsaharienne. La 8e cohorte rassemblait les ANR de la Liberia Telecommunications Authority (LTA), de l’Information and Communications Technologies Authority (ICTA), de la Communications Regulatory Authority of Namibia (CRAN), de la National Communications Authority (NatCA), de la Tanzania Communications Regulatory Authority (TCRA) et de la Postal & Telecommunications Regulatory Authority of Zimbabwe (POTRAZ). Des représentants des ORR: ARTAO, EACO et CRASA, ont également rejoint les ANR pour contribuer à l’avancement de leurs IC et à la coopération régionale. Le succès du premier cycle de la 8e cohorte d’iPRIS marque une étape clé vers un avenir connecté, inclusif et numériquement autonome.

Selon GSMA (2024), la couverture du haut débit mobile en Afrique subsaharienne atteint désormais plus de 87 % de la population. Des écarts importants subsistent toutefois, comme le souligne un autre rapport de GSMA (2024) : l’Afrique subsaharienne reste la région où les niveaux de connectivité sont les plus bas et où les écarts de couverture et d’usage sont les plus importants, avec 27 % de la population connectée, un écart de couverture de 13 % et un écart d’usage de 60 %. Ces deux rapports montrent que, malgré la progression de la couverture du haut débit mobile, les écarts d’usage persistent à l’intérieur même des zones couvertes, tandis que la fracture numérique continue d’affecter les communautés rurales et mal desservies. Si les réseaux haut débit mobiles se sont considérablement étendus en Afrique subsaharienne, le défi le plus important consiste désormais à transformer la couverture en usage significatif. La formation de la 8e cohorte d’iPRIS visait à relever ce défi en renforçant les capacités des ANR à travers des sessions consacrées notamment à la gestion du spectre, à la cybersécurité, aux cadres réglementaires et à la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI).

Semaine 1 : Renforcer les institutions et faire progresser l’inclusion numérique

La première semaine du programme a permis aux participants de poser les bases de leurs IC, de renforcer la capacité de régulation et d’approfondir l’apprentissage entre pairs au sein des ANR. La semaine a soutenu la mise en œuvre concrète grâce à une exposition à la gestion de projet, aux cadres DEI et aux pratiques réglementaires internationales. Pierre angulaire du programme iPRIS, les IC ont été au cœur de la première journée du round, chaque ANR présentant son propre champ d’élaboration et de mise en œuvre de politiques dans le secteur des TIC. Les IC portaient sur la qualité de service, l’inclusion numérique des personnes en situation de handicap, la cybersécurité, la régulation du marché et la gestion du spectre. À travers les revues par les pairs et les apports d’experts de SPIDER et de PTS, chaque ANR a consolidé son axe principal, identifié des lacunes et des défis, et clarifié son périmètre. Les participants se sont attachés à concevoir des initiatives ancrées dans des besoins clairs, des solutions pratiques et un impact mesurable.

Comme cela a été souligné dans les discussions sur le renforcement institutionnel dans le cadre d’iPRIS :

Les experts en télécommunications de SPIDER et de PTS ont renforcé la capacité de régulation des participants en partageant des bonnes pratiques institutionnelles, des cadres de politiques publiques et des outils concrets de mise en œuvre. Malena Liedholm Ndounou (SPIDER) a doté les participants d’un plan de gestion de projet, un outil destiné à garantir une exécution efficace de ces projets afin qu’ils atteignent leurs objectifs tout en faisant progresser l’inclusion numérique en Afrique subsaharienne.

Dans la foulée, elle a présenté un cycle de projet structuré en sept étapes, qui guide les participants depuis l’identification du problème jusqu’à la définition des objectifs, des résultats, des indicateurs, à la planification des ressources, à la cartographie des parties prenantes, à la mise en œuvre, puis au suivi, à l’évaluation, à la redevabilité et à l’apprentissage (SERA). Un point clé soulevé lors de cette présentation a été la nécessité d’intégrer la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI) tout au long des étapes de mise en œuvre d’un projet.

Per Andersson, Antonia Wopenka, Jesper Svedberg, Per-Erik Vitasp et Gustav Söderlind, experts en télécommunications de PTS, ont animé les sessions d’échange institutionnel et technique de la JEO, qui ont offert un éclairage sur les cadres réglementaires européens, les modèles de gouvernance numérique, les pratiques de cybersécurité et les approches de développement numérique inclusif. Ces sessions ont mis en évidence que, si la technologie a évolué vers un écosystème numérique plus intégré et plus convivial, les menaces de cybersécurité, la fraude et l’exclusion numérique ont parallèlement augmenté. Les experts de PTS ont présenté les cadres réglementaires mis en place pour bâtir la résilience et endiguer ces risques. Cela constitue l’un des principaux enseignements que les ANR pourront également appliquer dans leurs propres autorités, dans des cas similaires.

La première semaine avec la cohorte a permis de consolider les IC sur une base analytique solide et a donné aux participants une vision claire de la manière dont les cadres réglementaires peuvent rendre possibles des marchés numériques équitables.

Lire la suite sur les sessions de la semaine 1 ici.

Semaine 2 : Des cadres à un impact réglementaire concret

Au cours de la deuxième semaine, les sessions sont passées d’une réflexion sur les systèmes et les cadres institutionnels à des discussions concrètes sur l’harmonisation, la cartographie du haut débit, la gestion du spectre, l’évaluation de projets et la collaboration régionale. Sous la conduite d’experts de PTS et de SPIDER, les participants ont engagé des échanges sur la protection de l’utilisateur final et la DEI. Lisa Gurner, de PTS, a guidé la cohorte à travers les cadres et les initiatives de l’autorité européenne chargée de la protection des utilisateurs finaux, notamment le Code des communications électroniques européen (CCEE).

Un fil rouge a parcouru les discussions : la régulation doit aller au-delà de la structure du marché et traiter explicitement la question de la vulnérabilité, des biais institutionnels et de l’exclusion numérique. Soulignant la responsabilité des régulateurs, Caroline Wamala Larsson, de SPIDER, a noté :

À mesure que les participants affinaient leurs IC, ils ont été invités à repenser l’inclusion non comme un ajout en bout de chaîne, mais comme un résultat réglementaire central, à intégrer dès la première étape, par une planification et une mise en œuvre structurées.

La semaine a basculé vers une application pratique grâce à une exposition industrielle et technique. La visite de terrain chez Ericsson a permis aux participants de mieux comprendre comment les solutions de connectivité sont développées en pratique, en mettant en lumière le rôle du secteur privé dans l’innovation et l’importance d’une régulation réactive face aux technologies émergentes. Ont suivi des sessions JEO intensives animées par Bo Andersson, Andreas Wigren, Jens Ingman, Amela Hatibovic Sehic, Gustav Lenninger et Fredrik Johansson. Ces sessions ont porté sur le déploiement du haut débit, la cartographie du haut débit et la gestion du spectre, le modèle réglementaire suédois fondé sur les données illustrant la manière dont une information granulaire améliore la prise de décision, la redevabilité et l’analyse de la couverture. Mettant en relief l’impact plus large d’une telle approche fondée sur les données, Jens Ingman, analyste senior à PTS, a observé :

Les discussions sur l’harmonisation régionale ont en outre rappelé l’importance d’approches réglementaires coordonnées entre les pays.

À la fin de la deuxième semaine, les participants avaient fait évoluer leur compréhension de la régulation : un contrôle efficace dépend de la collaboration entre régulateurs, industrie et systèmes de données solides pour garantir un accès équitable et significatif aux services numériques.

Lire la suite sur la semaine 2 ici.

Semaine 3 : Définir la marche à suivre pour les initiatives de changement

La troisième semaine a constitué une étape déterminante du premier cycle du programme : les participants ont consolidé les connaissances réglementaires, les outils et les approches acquis au cours des semaines précédentes, pour les traduire en plans de mise en œuvre tournés vers l’avenir. Après les sessions sur la gestion de projet, la DEI, l’intersectionnalité, la JEO et la régulation des télécoms, les ANR sont entrées dans la dernière phase de discussions sur les IC avec les experts de SPIDER et de PTS. Les représentants des ORR ont également contribué par des échanges de connaissances et des perspectives régionales, renforçant la valeur de la coopération entre régions. Ces discussions ont aidé les participants à affiner les objectifs, à clarifier les produits et les résultats attendus, et à évaluer la faisabilité de la mise en œuvre.

Henrik Höglin a présenté aux participants Kivra, une boîte aux lettres numérique permettant de recevoir des documents importants — factures, fiches de paie, relevés bancaires annuels et vérifications de crédit — provenant d’entreprises, de banques et d’administrations. Kivra mise sur la durabilité environnementale : plus il y a d’utilisateurs, moins il y a de courriers papier et plus la communication est numérique, ce qui réduit les déchets. Cette session a apporté un éclairage pratique sur la fourniture de services numériques centrés sur l’utilisateur et sur l’adaptabilité réglementaire.

Les présentations « Marche à suivre » ont été le point d’orgue de la semaine, chaque ANR exposant la manière dont son IC progresserait au-delà de la phase de formation pour se traduire en action réglementaire concrète. Ces présentations ont rappelé qu’une régulation efficace exige des plans de mise en œuvre clairs, mesurables et durables, soutenus par la redevabilité et l’appropriation institutionnelle. La journée a été consacrée à la réflexion, à la consolidation et à la clôture, les participants présentant leurs plans de projet affinés et démontrant les progrès réalisés depuis les concepts initiaux jusqu’aux interventions structurées.

Le premier cycle s’est conclu par les évaluations, les mots de clôture et la remise des certificats, marquant le passage de l’apprentissage entre pairs à la mise en œuvre. En cohérence avec l’objectif d’iPRIS, la semaine 3 a doté les régulateurs d’outils opérationnels et adaptés à leur contexte pour faire avancer la transformation numérique dans leurs pays respectifs.

Une cohorte prête à passer à l’action

Au fil de ces deux semaines et demie, la 8e cohorte d’iPRIS est passée d’un apprentissage réglementaire fondamental à l’élaboration et à l’affinement structurés des initiatives de changement, pour aboutir à des plans de mise en œuvre clairs grâce aux présentations « Marche à suivre ». Le programme a fait progresser le dialogue réglementaire et l’apprentissage entre pairs des ANR africaines, avec l’appui de partenaires européens et de partenaires de mise en œuvre, dont SPIDER et PTS. Tout au long des sessions, les participants ont cheminé d’une compréhension conceptuelle vers une application réglementaire concrète, sans perdre de vue l’inclusion, une gestion de projet porteuse de sens et une mise en œuvre efficace.

Ce premier round du cycle iPRIS a renforcé un engagement partagé en faveur d’écosystèmes numériques résilients, inclusifs et prêts pour l’avenir, à l’échelle de l’Afrique subsaharienne.

Avec leurs plans «Marche à suivre» désormais en place, les participants achèvent la phase de Stockholm avec des feuilles de route réglementaires plus claires, des perspectives institutionnelles renforcées et des initiatives de changement plus abouties. La cohorte aborde maintenant l’étape suivante du programme iPRIS, prête à traduire ses connaissances en actions à travers la réforme de la réglementation, l’amélioration de la performance institutionnelle et sa contribution à l’agenda plus large de transformation numérique de l’Afrique. Les participants se retrouveront dans six mois à Nairobi, au Kenya, pour faire le point sur leurs avancées.

 

iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER en partenariat stratégique et technique avec l’Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS) et l’Institut luxembourgeois de régulation (ILR), ainsi qu’avec ARTAC, CRASA, EACO et ARTAO.

iPRIS est financé par l’Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l’initiative Équipe Europe « D4D pour l’économie et la société numériques en Afrique subsaharienne » (Code : 001).

6 mai 2026
9 minutes
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23ᵉ séminaire du FRATEL à Kinshasa: retour sur trois journées de coopération francophone

Kinshasa, 27, 28 et 29 avril 2026

Ce qu’il faut retenir

  • 27, 28 et 29 avril 2026, Hôtel Rotana, Kinshasa, à l’invitation de l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC) et de l’Arcep France, Présidente de FRATEL par intérim en 2026.
  • Près de 100 participants, en présentiel et en ligne, représentant 14 autorités de régulation membres du réseau FRATEL, des institutions internationales et des acteurs du secteur.
  • Thème central: comment stimuler le déploiement et la concurrence par le partage d’infrastructures, et améliorer la qualité de service des nouveaux réseaux télécoms.
  • Le programme iPRIS inscrit dans le plan d’action du FRATEL, aux côtés des groupes de travail et de la formation Regnum.
  • Plusieurs alumni iPRIS présents à Kinshasa, au moment même où la 8ᵉ cohorte du programme se réunissait en Suède pour sa session de formation en Europe.

Jour 1: Réunions stratégiques et ateliers thématiques

La première journée du séminaire, le 27 avril, a été consacrée aux échanges entre régulateurs membres du réseau. Elle s’est ouverte par une réunion à huis clos entre dirigeants d’autorités, Présidents, membres du Conseil et Directeurs généraux, portant spécifiquement sur les TowerCo et le partage d’infrastructures mobiles, un sujet appelé à structurer l’ensemble du séminaire.

Le Secrétariat exécutif a ensuite présenté la synthèse des réponses au questionnaire adressé aux membres sur l’aménagement numérique du territoire, le partage d'infrastructures et la qualité de service. Le point sur le plan d’action du FRATEL a confirmé la place qu’occupe désormais iPRIS dans la dynamique du réseau, aux côtés des groupes de travail sur les indicateurs de qualité de service et sur la régulation des satellites non-géostationnaires, et de la formation Regnum soutenue par Télécom Paris.

L’après-midi s’est décliné en deux ateliers. 

Le premier, animé par M. Imaja Itulelo Matiybu (ARPTC) avec M. Fargani Tambeayuk de Meta, a porté sur la protection des données et la lutte contre la désinformation. Le second a placé les réseaux communautaires au cœur de la discussion, avec M. Jean-Baptiste Millogo (Internet Society) connecté à distance et Mme Chako Armand (La Différence), venue témoigner de l’expérience de Pamoja Net dans le Sud-Kivu. Partant du constat que plus de deux milliards de personnes restent non connectées dans le monde, les intervenants ont placé les communautés locales au centre de la réponse.

 

 

 

ILR Director Luc Tapela conversing with delegates at the seminar

Jour 2: Cérémonie d’ouverture officielle et trois tables rondes

Le séminaire a été officiellement ouvert le 28 avril par Son Excellence M. José Mpanda Kabangu, Ministre des Postes et des Télécommunications de la RDC, aux côtés de M. Christian Katende, Président de l’ARPTC, et de Mme Laure de La Raudière, Présidente d’Arcep France et Présidente 2026 du FRATEL par intérim.

Trois tables rondes ont structuré le reste de la journée. La première, présidée par Mme Patricia Amand (ARTCI, Côte d’Ivoire), a examiné l’impact des modes de partage d’infrastructures mobiles sur la concurrence. M. Patrick Mpenge (Vodacom) y a livré une formule devenue emblématique du séminaire: «derrière chaque pylône, il doit y avoir une fibre.» Les échanges ont prolongé la réflexion ouverte le matin entre dirigeants d’autorités, en distinguant partage passif, partage actif et itinérance nationale, et en interrogeant les leviers réglementaires capables d’encourager certaines formes de mutualisation tout en préservant l’investissement et l’innovation.

La deuxième table ronde, présidée par Mme Lydie Omanga, Vice-présidente de l’ARPTC, a porté sur le déploiement des réseaux de fibre optique dans une dynamique favorisant la concurrence et l’innovation. Les contributions d’ARCEP Gabon, de l’ANRT Maroc et d’Orange Afrique-Moyen-Orient ont mis en évidence la diversité des modèles, du co-investissement à l’accès ouvert au backbone national, en passant par la construction de réseaux communs.

La troisième, conduite par M. Jean-Célestin Endoke, Directeur des affaires juridiques et internationales de l’ARPCE de la République du Congo, a abordé les mesures permettant de garantir la qualité d’exploitation des nouveaux réseaux télécoms. Fiabilité, maintenance, processus de raccordement et observatoires de qualité de service ont structuré la discussion, avec les contributions de l’Arcep France, d’Internet Society et d’Airtel Congo.

     

Perspective iPRIS

Pour iPRIS, ces trois journées de Kinshasa ont valeur de confirmation. Volet francophone de l’initiative Team Europe «D4D pour l’économie et la société numériques en Afrique subsaharienne», soutenu par la Commission européenne, la Suède et le Luxembourg, le programme accompagne le développement d’une offre de formation en français destinée aux régulateurs des télécoms et aux organisations sous-régionales de régulation.

Les trois axes du séminaire, partage d’infrastructure, déploiement de la fibre optique et qualité de service, recoupent directement les chantiers que les régulateurs des télécoms accompagnés par iPRIS mènent dans leurs propres juridictions. L’inscription du programme dans le plan d’action du FRATEL conforte le partenariat stratégique noué via l’Arcep France et ancre iPRIS dans la dynamique francophone du renforcement des capacités. La présence simultanée d’alumni à Kinshasa et de la 8ᵉ cohorte en Suède illustre concrètement ce que iPRIS cherche à construire: une communauté de régulateurs francophones qui apprennent les uns des autres, par-delà les frontières et les phases de leur parcours.

Et après?

Les chantiers techniques discutés à Kinshasa, qu’il s’agisse du partage d’infrastructure, de la fibre optique ou de la qualité de service, sont indissociables des conditions humaines, économiques et institutionnelles dans lesquelles ils se déploient. Le séminaire aura été un point d’étape dans une coopération francophone qui se construit dans la durée.

Le réseau a déjà fixé son prochain rendez-vous: sa réunion annuelle se tiendra les 28, 29 et 30 octobre 2026 en République de Guinée, autour du thème «Quelles mesures pour soutenir le déploiement d’infrastructures pour le numérique?». Pour les régulateurs accompagnés par iPRIS, comme pour leurs homologues francophones, ce sera l’occasion de poursuivre les réflexions ouvertes à Kinshasa, et de continuer d’avancer, ensemble, vers une connectivité abordable, inclusive et durable en Afrique subsaharienne.

 

 

5 mai 2026
5 minutes
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Kinshasa : le 23ᵉ séminaire Fratel place le partage d’infrastructure et la qualité de service au cœur des priorités

Le Réseau francophone de la régulation des télécommunications (Fratel) tiendra son 23ᵉ séminaire les 27 et 28 avril 2026 à Kinshasa, en République Démocratique du Congo. Cet événement est organisé à l’invitation de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC) et de l’Arcep France, qui assure la présidence par intérim du réseau. Une journée d'échanges informels conclura la rencontre le 29 avril.

Les discussions porteront sur les leviers permettant de stimuler le déploiement des réseaux et la concurrence, avec un focus sur le partage d’infrastructure et l'amélioration de la qualité de service des nouveaux réseaux télécoms. Trois tables rondes structureront les débats:

  • Partage d’infrastructures mobiles : analyse de son impact sur la dynamique du marché.
  • Déploiement de la fibre optique : étude des modèles de co-investissement et d’accès régulé pour optimiser la couverture.
  • Qualité d’exploitation : évaluation de cet enjeu crucial pour garantir la pérennité des nouveaux réseaux fixes et mobiles.

Le programme prévoit une session spécifique dédiée à iPRIS (ICT Policy, Regulation and Institutional Strengthening), soulignant l'importance stratégique de ce séminaire pour les parties prenantes du programme. Ce rendez-vous constitue une plateforme majeure pour échanger sur les enjeux clés liés au développement des télécommunications en Afrique francophone, en lien direct avec les objectifs d'accompagnement des régulateurs.

Le programme des deux journées est particulièrement dense. La première journée sera consacrée à la présentation d'une enquête sur l'aménagement numérique du territoire et aux deux premières tables rondes. Un point d'étape sera également fait sur le plan d'action de Fratel, incluant les travaux d'iPRIS et la formation Regnum. La seconde journée débutera par une session réservée aux dirigeants des autorités de régulation ; elle sera suivie d'une table ronde sur la qualité des réseaux et de la clôture officielle.

Pour toute information complémentaire, le secrétariat exécutif de Fratel est joignable à l'adresse sec@fratel.org. Le programme iPRIS assurera une couverture de l’événement sur ses canaux de communication habituels.

8 avril 2026
2 minutes
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Quand votre téléphone franchit la frontière avant vous

Par la Prof. Caroline Wamala-Larsson

Résidant en Suède depuis plus de deux décennies, j’ai pu observer les accomplissements d’une politique de télécommunications coordonnée. Je me souviens d'être arrivée tard un soir d’hiver à Bruxelles pour une conférence. La ville m’était inconnue, les rues étaient calmes et j’ignorais comment rejoindre mon hôtel. Depuis la gare, j’ai appelé mon mari à Stockholm ; grâce aux cartes en ligne, il m’a guidée pas à pas jusqu’à destination.

À travers l’Europe, la connectivité suit l’utilisateur et non la frontière. Que l’on voyage de la Suède vers la Norvège ou plus au sud vers l’Espagne, le téléphone fonctionne comme si l’on n’avait jamais quitté son pays. Les appels coûtent le même prix, les réseaux sont fluides et l’expérience est pratiquement invisible. Ce résultat n’est pas le fruit du hasard : il découle d’une coopération réglementaire entre des pays ayant choisi de faire de la connectivité abordable et fiable une priorité pour leurs citoyens. Dans de nombreuses régions d’Afrique, notamment le long des zones frontalières, la réalité est tout autre.

En Afrique subsaharienne, les communautés frontalières fonctionnent davantage comme des espaces sociaux et économiques partagés que comme des divisions nettes. Les échanges commerciaux, les liens familiaux et les déplacements quotidiens traversent des frontières imposées par l’histoire coloniale plutôt que définies socialement. Pourtant, les réseaux mobiles ne reflètent pas cette réalité. Les téléphones se connectent fréquemment à des signaux étrangers sans avertissement, déclenchant des frais d’itinérance ou des interruptions de service. Pour beaucoup, ce n’est pas seulement un inconvénient ; c’est un coût.

Prenons l’exemple de Nana Mensah, propriétaire d’une petite boulangerie à Aflao, une ville située le long de la frontière entre le Ghana et le Togo. Son activité repose en grande partie sur la connectivité mobile pour coordonner ses clients, passer des commandes auprès de ses fournisseurs et gérer les livraisons. Pourtant, même dans un périmètre restreint, son téléphone peut se connecter au réseau d’un pays voisin.

Les répercussions dépassent sa seule situation : ses clients peinent à la joindre, des commandes sont retardées et les communications avec ses fournisseurs d’ingrédients deviennent aléatoires. À terme, ces perturbations se traduisent par des ventes imprévisibles et une instabilité économique pour son entreprise. Chaque basculement involontaire de réseau introduit une incertitude dans une activité qui repose pourtant sur la fiabilité.

Des dynamiques similaires se retrouvent en Afrique de l’Est. Pour les commerçants transfrontaliers à Busia ou les transporteurs à Namanga, la connectivité est une bouée de sauvetage permettant les paiements mobiles, l’accès aux informations de marché et la coordination des équipes. Quand les réseaux défaillent, la productivité en pâtit directement.

Du 9 au 12 mars 2026, des régulateurs et des experts se sont réunis à Accra, au Ghana, dans le cadre du programme d’apprentissage entre pairs iPRIS. Cette rencontre a fait suite aux échanges tenus en Suède en novembre 2025, réunissant des autorités nationales de régulation de toute l’Afrique, des organisations sous-régionales et des partenaires internationaux. Un constat s’est imposé : si la couverture mobile s’est étendue, l’accessibilité financière et la fiabilité restent inégales dans les zones frontalières.

Des solutions concrètes commencent toutefois à émerger. Au Ghana, la National Communication Authority a lancé un projet pilote de sensibilisation à Aflao pour aider les habitants à configurer leurs téléphones et éviter l’itinérance involontaire. À l’échelle régionale, le cadre « One Network Area » (ONA) en Afrique australe montre l'exemple. Des pays comme le Botswana, la Zambie, le Zimbabwe et le Malawi harmonisent leurs tarifs d’itinérance, avec des réductions allant de 10 % à plus de 90 %. En Afrique de l’Est, l’initiative ONA traite désormais les communications transfrontalières presque comme des appels locaux entre le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda.

Il est désormais nécessaire de passer de réformes isolées à des cadres de connectivité régionaux pleinement intégrés. Les régulateurs doivent accélérer l’harmonisation pour garantir la cohérence des tarifs et la protection des consommateurs ; la fragmentation est un frein au progrès. Par ailleurs, les politiques doivent refléter les réalités vécues, car la connectivité se vit différemment selon le genre, l’âge et le niveau de revenus.

Enfin, la connectivité doit être reconnue comme une infrastructure économique vitale. Le commerce intra-africain et la finance numérique dépendent de communications fiables. La collaboration entre les régulateurs, les opérateurs et les partenaires au développement sera déterminante pour faire évoluer ces solutions. La possibilité de joindre un proche ou un partenaire d'affaires ne devrait jamais dépendre d'un basculement de réseau involontaire.

 

2 avril 2026
4 minutes
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Les régulateurs des télécoms renforcent la coopération numérique lors de la session iPRIS au Ghana

Du 9 au 12-03-2026, des régulateurs des télécoms se sont réunis à Accra, Ghana, dans le cadre de la session 2025D d’iPRIS dédiée au suivi des initiatives de changement (IC), après une première phase d’apprentissage en Suède. Des autorités nationales de régulation issues du Ghana, du Kenya, du Botswana, du Lesotho et de la Gambie, ainsi qu’un participant du Malawi en ligne, ont collaboré pour faire progresser leurs IC vers une mise en œuvre opérationnelle.

Organisée par SPIDER, en partenariat avec l’Autorité suédoise des postes et télécoms (PTS), la session a également réuni des organisations sous-régionales de régulation, notamment la CRASA, l’EACO et l’ARTAO, ainsi que des représentants de l’Union européenne.

Dans un contexte où 2,2 milliards de personnes restent non connectées à l’échelle mondiale (UIT, 2025), l’Afrique fait face à un écart d’usage significatif : bien que 95 % de la population soit couverte par les réseaux mobiles, seuls 40 % utilisent effectivement l’Internet mobile (GSMA, 2025). Cet écart, lié notamment aux coûts, aux compétences numériques et aux contraintes d’accès, souligne le rôle stratégique des régulateurs dans le développement d’écosystèmes numériques inclusifs.

La session s’inscrit dans le cycle structuré d’apprentissage entre pairs d’iPRIS et marque le passage de la planification à la mise en œuvre. Elle a permis d’évaluer l’état d’avancement des IC, de renforcer les capacités en prospective stratégique, inclusion numérique et gestion de projet, et d’approfondir la coopération régionale.

Jour 1 : De la planification à l’action

La session a débuté par des interventions soulignant l’impact concret des IC sur le développement socio-économique. Les régulateurs ont présenté l’avancement de leurs initiatives, couvrant notamment la gestion du spectre, l’accès au haut débit, la connectivité communautaire, la gouvernance de l’intelligence artificielle et la protection des consommateurs.

Ces échanges ont illustré la transition vers des solutions réglementaires concrètes, tout en renforçant les capacités institutionnelles des régulateurs face à des marchés numériques en évolution rapide.

Jour 2 : Renforcement des capacités et expertise technique

La deuxième journée a été consacrée au développement des compétences stratégiques. Les sessions ont porté sur la prospective stratégique, l’inclusion numérique et la gestion de projet.

L’approche Diversité, Équité et Inclusion (DEI) a été mise en avant comme levier essentiel pour garantir un accès équitable aux services numériques, notamment pour les populations mal desservies. Par ailleurs, les outils de suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage (SERA) ont permis aux régulateurs de structurer efficacement leurs IC.

Un point clé a été l’analyse des enjeux d’itinérance transfrontalière, illustrant la nécessité d’une coordination réglementaire renforcée pour protéger les consommateurs et améliorer la qualité de service.

 

 

 

 

 

Jour 3 : Coopération régionale et alignement réglementaire

La session a favorisé des échanges approfondis entre régulateurs nationaux et organisations sous-régionales. Ces interactions ont permis de partager des expériences, d’identifier des défis communs et de promouvoir des approches harmonisées.

Cette dynamique de collaboration contribue à renforcer la cohérence des cadres réglementaires et à soutenir le développement de marchés numériques intégrés à l’échelle régionale.

 

Jour 4 : Mise en œuvre et perspectives

La dernière journée a été consacrée à la définition des prochaines étapes. Chaque régulateur a présenté une feuille de route détaillée pour ses IC, incluant objectifs, méthodologies, défis et résultats attendus.

Cette approche opérationnelle vise à garantir une connectivité abordable, à promouvoir des marchés numériques inclusifs et à renforcer la protection des consommateurs.

Conclusion

Le suivi en Afrique pour la session 2025D au Ghana confirme la mission d’iPRIS : renforcer les capacités des régulateurs des télécoms grâce à l’apprentissage entre pairs, afin de soutenir une transformation numérique inclusive et durable en Afrique subsaharienne. La collaboration entre régulateurs nationaux et sous-régionaux demeure un levier essentiel pour relever les défis numériques et favoriser un développement harmonisé à l’échelle du continent.

 

iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER en partenariat stratégique et technique avec l'Autorité suédoise des postes et des télécommunications (PTS) et l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR), ainsi qu’avec l’ARTAC, l'CRASA, l’EACO et l’ARTAO.

Le programme est financé par l’Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l’initiative Team Europe « D4D pour l’économie et la société numériques en Afrique subsaharienne »

18 mars 2026
3 minutes
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"iPRIS est un projet soutenu dans le cadre de l'initiative Team Europe" D4D pour l'économie numérique et la société en Afrique subsaharienne" (Code : 001). Le projet est rendu possible grâce au cofinancement de l'UE, de la Suède et du Luxembourg. Le contenu de ce site web relève de la seule responsabilité des partenaires de mise en œuvre et ne réflète pas nécessairement les vues de l'Union Européenne, de la Suède ou du Luxembourg"

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