Les régulateurs se retrouvent pour faire progresser leurs politiques numériques
Du 5 au 9 octobre 2026, iPRIS a organisé à Nairobi, au Kenya, la session de suivi en Afrique de sa huitième cohorte. Elle a réuni les régulateurs des télécoms de l'Autorité des télécommunications du Liberia (LTA), de l'Autorité de régulation des communications de Namibie (CRAN), de l'Autorité des technologies de l'information et de la communication de Maurice (ICTA), de la Commission nationale des télécommunications de Sierra Leone (NatCa), de l'Autorité de régulation des communications de Tanzanie (TCRA) et de l'Autorité de régulation des postes et télécommunications du Zimbabwe (POTRAZ), venus faire passer leurs initiatives de changement (IC) du concept à l'action réglementaire concrète.
À leurs côtés : les partenaires de mise en œuvre, SPIDER et l'Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS), des représentants de l'Union européenne (UE) et des organisations sous-régionales de régulation (ORR), dont l'Organisation des communications de l'Afrique de l'Est (EACO) et l'Assemblée des régulateurs des télécommunications de l'Afrique de l'Ouest (ARTAO). Les régulateurs s'étaient rencontrés une première fois à Stockholm en avril, lors de la session d'échange entre pairs en Europe. Six mois plus tard, ils se sont retrouvés à Nairobi pour adapter ces enseignements à leurs contextes nationaux.
Retour sur la session en Europe de la 8e cohorte : lire l'article.
En ouverture des travaux, David Mugonyi, directeur général de l'Autorité des communications du Kenya (CA), a salué l'esprit d'apprentissage entre pairs qui caractérise iPRIS et le rôle des régulateurs dans la révolution numérique en Afrique. Il a souligné le caractère concret du programme : y participer, c'est exercer un leadership fondé sur la coopération et le soutien mutuel. Parce que les défis des télécoms ignorent les frontières, il a invité les experts à partager leurs expériences, leurs projets réalisés et leurs plans. Pour lui, les régulateurs pèsent de façon décisive sur le rythme et le caractère inclusif de cette transformation.

Sofie Hilbom, ambassadrice adjointe à l'ambassade de Suède au Kenya, a prolongé ce message en invitant les régulateurs à voir dans la régulation du numérique non pas un simple exercice technique, mais un moyen de créer des opportunités.

Une régulation efficace, a-t-elle expliqué, favorise l'innovation, stimule la croissance socio-économique et renforce les institutions qui soutiennent le développement à long terme. Elle a aussi insisté sur l'importance de la collaboration régionale face aux défis communs que sont la cybersécurité et l'accès aux infrastructures.
Pour en savoir plus sur la séance d'ouverture : lire l'article.
Les régulateurs font le point sur leurs initiatives de changement

Dès le premier jour, les régulateurs ont montré comment leurs IC évoluent pour répondre concrètement aux besoins des citoyens. L'Autorité des télécommunications du Liberia a illustré cet esprit d'adaptation : son IC, d'abord consacrée à des lignes directrices sur le spectre 5G, porte désormais sur l'octroi de licences technologiquement neutres pour les réseaux privés, les consultations ayant révélé des lacunes plus urgentes en matière de connectivité industrielle. Ce changement de cap montre comment les régulateurs progressent en partageant leurs expériences et en remettant l'ouvrage sur le métier.
En Tanzanie, l'inclusion est au premier plan. Brian Marcus Kalinga (TCRA) a expliqué que la seule difficulté attendue concerne la collecte des données, l'identification des enfants restant lacunaire. Un nouveau numéro d'identification, le « Jamii number », permettra bientôt d'enregistrer les personnes dès la naissance. Cette innovation promet de meilleures données sur les enfants et les personnes en situation de handicap, pour que nul ne soit laissé de côté.
En Namibie, la CRAN mise sur l'anticipation avec les bacs à sable réglementaires : ils servent à tester des technologies de rupture avec les opérateurs mobiles avant un déploiement plus large, ce qui permet au régulateur d'en tirer des enseignements et de repérer les points à améliorer.
La Sierra Leone, qui travaille sur les satellites en orbite basse (LEO), a montré comment la connectivité peut atteindre les communautés mal desservies et réduire la fracture numérique. Les experts du Zimbabwe ont rappelé que la cybersécurité relève autant de la gouvernance que des protections techniques : leur cadre réunit cybersécurité et cybercriminalité dans une seule loi, de sorte que la protection des systèmes aille de pair avec la prévention et les poursuites. Les experts de Maurice ont insisté sur la coopération entre parties prenantes pour élaborer des cadres réglementaires efficaces, et prévoient d'associer les opérateurs de télécoms, les associations de consommateurs, les PME et l'ensemble du monde des affaires.
Ensemble, ces récits disent l'engagement des régulateurs pour un progrès centré sur les personnes : s'adapter, innover et veiller à ce que l'avenir numérique de l'Afrique soit inclusif, sûr et à l'écoute des besoins réels.

Prospective, inclusion et impact

La session de Nairobi s'est poursuivie avec des séances sur la manière dont la régulation du numérique peut façonner une croissance inclusive et préparer l'Afrique à un avenir connecté. Prospective stratégique, diversité, équité et inclusion (DEI), gestion de projet, gestion du spectre : autant de sujets où les régulateurs traduisent des enseignements internationaux en actions concrètes qui améliorent la vie des gens.
La séance de prospective stratégique, animée par Hans Hedin (PTS), a porté sur la façon dont les régulateurs peuvent anticiper les évolutions technologiques et concevoir des politiques au service de la société. La prospective ne consiste pas à prédire l'avenir mais à s'y préparer, en veillant à ce que l'innovation reste centrée sur l'humain et durable. Les régulateurs ont examiné l'influence de technologies émergentes comme l'intelligence artificielle sur les économies, les communautés et l'environnement, et la manière dont la collaboration entre secteurs aide à en gérer les effets de façon responsable.
« Lorsque nous examinons les technologies émergentes sous l'angle de la prospective stratégique, nous devons aussi tenir compte de leurs implications pour la cybersécurité et la vie privée. Si nous numérisons des services comme la santé, nous devons prendre des mesures pour que les informations sensibles soient protégées et que chacun continue de jouir de sa vie privée. » Hans Hedin, PTS
Dans le prolongement, la professeure Caroline Wamala Larsson (SPIDER) a animé la séance DEI, consacrée aux personnes et à l'inclusion. Les régulateurs ont étudié comment les politiques numériques peuvent garantir l'égalité d'accès et de représentation, en particulier pour les femmes, les jeunes et les personnes en situation de handicap. Parmi les exemples partagés, la TCRA a présenté son site web accessible, qui a incité d'autres institutions à adopter des fonctionnalités similaires : l'accessibilité peut faire école et profiter à davantage de communautés. L'inclusion, ont souligné les échanges, n'est pas un objectif atteint une fois pour toutes, mais un processus continu d'écoute, d'adaptation et de co-création.

La séance sur la gestion de projet et le suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage (SERA) a complété ces réflexions : comment mesurer la réussite à l'aune de résultats qui améliorent la vie des gens, plutôt que de livrables comme des rapports ou des systèmes. Viser des résultats de long terme, tels que l'accessibilité tarifaire de la connectivité, la confiance numérique et l'accès équitable, rend les progrès durables et porteurs de sens.
La séance sur la gestion du spectre, animée par Linus Melly (GSMA Kenya), a apporté un éclairage technique. Les régulateurs ont exploré comment les ondes radio invisibles qui transportent les signaux mobiles façonnent le quotidien : appels, internet mobile, mais aussi maisons connectées, agriculture numérique et villes intelligentes en devenir. Bien géré, le spectre permet aux opérateurs mobiles d'étendre la couverture, de réduire les coûts et de fournir une connectivité fiable au service de l'éducation, des entreprises et de l'innovation.

Collaboration régionale et cyberrésilience : les enseignements de la réunion du Groupe de travail 5 de l'EACO

La réunion du Groupe de travail 5 (WG5) de l'EACO, organisée conjointement par CA Kenya et l'EACO, s'est tenue en parallèle du programme iPRIS. Elle a offert aux régulateurs un cadre pour faire avancer la collaboration régionale et partager des enseignements pratiques sur la façon dont des initiatives conjointes peuvent accélérer la transformation numérique. Les progrès du Kenya ont donné le ton : 2,2 millions d'abonnements actifs, des applications de machine à machine en hausse de 24 %, et 54 millions d'abonnés à l'argent mobile générant près d'un milliard de dollars US de transactions par jour. Ces chiffres, présentés par Dominic Ooko (CA Kenya), donnent la mesure de la croissance numérique du pays et font écho à son appel : aux régulateurs de conduire le changement par la coopération et une innovation qui profite aux citoyens.
CA Kenya a présenté son IC sur la numérotation, le nommage et l'adressage, issue de la première cohorte iPRIS. Elle vise à accroître les capacités, à intégrer de nouvelles technologies comme IPv6 et à ouvrir des possibilités d'innovation et de recettes. Elle répond aussi à une décision de justice qui fait date : en reconnaissant les numéros comme des identifiants numériques privés, celle-ci change la manière dont les régulateurs abordent le recyclage des numéros et la protection des données. En intégrant très tôt la consultation des parties prenantes, le cadre gagne en souplesse et en transparence tout en préparant les prochaines évolutions technologiques.
Bengt Mölleryd (SPIDER) a ensuite fait le point sur les projets menés avec les ORR dans le cadre d'iPRIS : avec l'ARTAO et la CEDEAO sur la régulation de l'itinérance, où les enseignements européens sont adaptés aux contextes africains ; avec la CRASA sur l'harmonisation des indicateurs TIC, pour améliorer la qualité et la comparabilité des données ; avec l'ARTAC sur l'harmonisation des TIC, pour plus de cohérence ; et avec l'EACO sur un portail web léger de communication des données.

La cybersécurité s'est imposée comme un thème central. Pour le professeur Fredrick Blix (Université de Stockholm), la transformation numérique ne peut réussir sans systèmes sûrs. Il a exhorté les régulateurs à adopter des approches globales, qui concilient innovation et protection en intégrant la cybersécurité à chaque aspect de la régulation, de l'intégrité des données à la confiance du public. Protéger les infrastructures numériques est une nécessité technique, mais aussi un impératif démocratique.

Du progrès à la mise en œuvre : la marche à suivre

Le dernier jour, les autorités nationales de régulation (ANR) ont présenté leur « Marche à suivre » : les prochaines étapes de la mise en œuvre de leurs IC et de la poursuite de la collaboration au-delà de l'atelier. Les régulateurs ont insisté sur la nécessité de garder l'élan grâce à l'apprentissage entre pairs et à des rencontres de suivi. Les régulateurs des autres pays ont particulièrement relevé l'initiative de la TCRA, en Tanzanie, qui vise à améliorer l'accès au numérique des personnes en situation de handicap, un modèle que chacun gagnerait à examiner dans son propre contexte. Pour Melvin King, il est essentiel que chaque pays entende parler de cette IC, qui montre comment des systèmes numériques inclusifs peuvent transformer des vies. Des anciens participants et des experts des télécoms sont intervenus à distance, signe d'un engagement commun pour des progrès concrets et un impact durable dans la région.
Renforcer le leadership réglementaire de l'Afrique

Les IC présentées par la cohorte témoignent d'un mouvement croissant vers un leadership réglementaire plus fort et plus collaboratif en Afrique. En s'attaquant à de réelles lacunes institutionnelles et en privilégiant des solutions inclusives et tournées vers l'avenir, chaque pays contribue à un écosystème numérique plus résilient. L'impact attendu dépasse les réformes nationales : il pose les bases d'une coopération régionale, d'un apprentissage partagé et d'une régulation tournée vers les citoyens. À l'heure de la mise en œuvre, ces initiatives traduisent un engagement collectif à façonner l'avenir numérique de l'Afrique par l'innovation, la redevabilité et une gouvernance centrée sur les personnes.
Regardez les temps forts de Nairobi ci-dessous :
iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER en partenariat stratégique et technique avec l'Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS) et l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR), ainsi qu'avec l'ARTAC, la CRASA, l'EACO et l'ARTAO.
iPRIS est financé par l'Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l'initiative Équipe Europe « D4D pour l'économie et la société numériques en Afrique subsaharienne ».







