Le Forum du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) est reconnu comme le principal rendez-vous mondial consacré à l'avenir du développement numérique. Il est organisé chaque année par l'Union internationale des télécommunications (UIT), en partenariat avec l'UNESCO, le PNUD et d'autres agences des Nations Unies. L'édition 2026 s'est tenue à Genève, en Suisse, du 6 au 10 juillet 2026. Le Forum a réuni décideurs politiques, régulateurs, universitaires, représentants de la société civile et dirigeants du secteur privé pour débattre des stratégies et des partenariats capables de faire progresser une transformation numérique inclusive. Son objectif : favoriser la collaboration et l'échange de connaissances afin que les technologies numériques deviennent de puissants instruments de développement durable dans toutes les régions du monde. Selon l'UIT (2023), près de 2,6 milliards de personnes dans le monde restent hors ligne, ce qui souligne l'urgence des initiatives visant à étendre la connectivité significative et à réduire la fracture numérique.

Au cœur de cette conversation mondiale, SPIDER (Swedish Program for ICT in Developing Regions) a animé, le 8 juillet 2026, une session du SMSI intitulée « Favoriser un développement numérique inclusif : renforcement des capacités réglementaires grâce à l'apprentissage multilingue entre pairs entre l'UE et l'Afrique subsaharienne » (titre original en anglais : “Enabling Inclusive Digital Development: Regulatory Capacity-Building through Multilingual Peer-to-Peer Learning between the EU and Sub-Saharan Africa”). La session a montré le rôle décisif de la régulation des télécoms dans des secteurs comme l'éducation, l'économie et la santé, en prenant le programme iPRIS comme étude de cas. Il en est ressorti une exploration approfondie de la manière dont régulation, coopération et accessibilité forment la colonne vertébrale d'une transformation numérique significative. Le panel était modéré par Aliyu Aboki, qui a conduit les échanges avec précision et finesse. Les intervenants : Edna Soomre (SPIDER), Katarina Schyberg de l'Autorité suédoise des postes et télécoms (PTS), Tantely Jeans de l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR) et Manuel Cabugueira de l'ANACOM (Portugal). Chacun a apporté un regard singulier, façonné par son expérience réglementaire et son contexte régional.

La discussion s'est ouverte sur un constat : la régulation n'est pas seulement un cadre technique, c'est aussi un instrument social qui détermine si la technologie sert réellement les populations.

Elle a expliqué que le travail de SPIDER, à travers des programmes comme iPRIS, porte sur le renforcement institutionnel : bâtir la confiance, la continuité et la résilience au sein des autorités de régulation. Elle a donné des exemples concrets de la manière dont iPRIS a aidé des régulateurs d'Afrique subsaharienne à collaborer par-delà les frontières linguistiques et régionales. Elle a notamment décrit comment les régulateurs de Tanzanie et d'Ouganda ont travaillé ensemble pour harmoniser leurs lignes directrices sur la connectivité rurale, afin que les communautés mal desservies puissent accéder à des réseaux abordables et fiables. Elle a également relevé que les cycles multilingues d'iPRIS, en anglais, en français et en portugais, permettent désormais à des pays voisins qui peinaient auparavant à communiquer de partager leurs cadres réglementaires et de coordonner des initiatives numériques transfrontalières.

Katarina Schyberg est revenue sur le modèle d'apprentissage entre pairs qui définit iPRIS. Elle a décrit comment régulateurs européens et africains échangent autour de défis communs tels que la concurrence sur les marchés, la cybersécurité et les communications par satellite.

Katarina Schyberg a précisé qu'au fil des six cohortes anglophones organisées à ce jour, des régulateurs de dix-neuf pays africains anglophones ont pris part à des sessions intensives d'échange de connaissances de trois semaines. Chaque délégué arrive avec un projet national, appelé initiative de changement, qu'il affine au contact de ses pairs et d'experts d'Afrique et d'Europe. Elle a cité l'exemple de régulateurs du Kenya et du Ghana qui ont élaboré des cadres de protection des consommateurs de services numériques en s'inspirant de l'expérience suédoise en matière de transparence des prix et de concurrence loyale.

Aliyu Aboki a souligné l'importance de l'accessibilité et de la langue pour une collaboration efficace.

Son propos a fortement résonné avec la nature multilingue d'iPRIS, qui jette des ponts entre régulateurs anglophones, francophones et lusophones. Pour Aliyu Aboki, l'inclusion linguistique n'est pas un geste symbolique mais une nécessité pratique ; sans elle, des populations entières risquent d'être exclues du progrès numérique.

Tantely Jeans, de l'ILR (Luxembourg), a apporté une dimension humaine à la conversation, rappelant aux participants que la technologie seule ne garantit pas le progrès.

Elle a expliqué comment l'ILR s'appuie sur les réseaux européens de régulation, tels que FRATEL et l'ORECE, pour connecter régulateurs africains et européens. Elle a partagé un exemple parlant : la collaboration, dans le cadre d'iPRIS, entre les régulateurs tanzanien et gabonais pour coordonner le déploiement de l'infrastructure en fibre optique et en garantir l'exécution ordonnée et efficace. Elle a aussi indiqué que, grâce aux cycles francophones, des régulateurs de pays comme le Sénégal et le Bénin travaillent avec leurs homologues européens à des cadres de gouvernance des données qui concilient innovation et protection de la vie privée.

Apportant un éclairage économique, Manuel Cabugueira, de l'ANACOM, est revenu sur la manière dont la coopération réglementaire dépasse l'apprentissage et le partage de technologies.

Il a expliqué que la collaboration de l'ANACOM avec les régulateurs lusophones au sein du réseau ARCTEL montre comment une régulation harmonisée peut renforcer les échanges commerciaux et les liens économiques à travers l'Afrique. Manuel Cabugueira a cité les exemples de l'Angola et du Mozambique, où les régulateurs ont travaillé ensemble à l'alignement des normes de télécommunications, ce qui facilite des flux de données transfrontaliers plus fluides et des transactions numériques plus sûres. Il a également souligné que la coopération entre pays lusophones, de la Guinée-Bissau au Cap-Vert en passant par São Tomé-et-Príncipe, pose les fondations d'une infrastructure numérique capable de soutenir centres de données, informatique en périphérie et commerce numérique sécurisé.

Tout au long de la session, les panélistes sont revenus sur un thème central : la transformation numérique de l'Afrique doit reposer non seulement sur des infrastructures, mais aussi sur des institutions solides, capables de s'adapter à des défis émergents tels que l'intelligence artificielle, la cybersécurité, les services par satellite et l'identité numérique.

La richesse de la session doit beaucoup aux contributions de délégués issus de cohortes iPRIS antérieures. Winnie Mukholi, représentante de la Uganda Communications Commission, est revenue sur son expérience au sein de la cinquième cohorte iPRIS. Selon elle, l'un des aspects les plus précieux a été la possibilité d'échanger non seulement avec des régulateurs européens, mais aussi avec des pairs d'Afrique. En dialoguant avec des collègues de Tanzanie, d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique australe, elle a découvert que de nombreux défis réglementaires sont partagés à l'échelle du continent. Winnie Mukholi a souligné que cet échange régional lui a permis de comparer directement des solutions avec les pays voisins, ce qui rend les initiatives réglementaires plus concrètes et mieux adaptées. Elle a relevé qu'iPRIS accompagne les régulateurs pour que les initiatives de changement engagées pendant le programme soient menées à leur terme plutôt que laissées inachevées, un facteur décisif pour la crédibilité institutionnelle.

Dans le même esprit, Mbongeni Bafana Mtshali, du Royaume d'Eswatini, a insisté sur l'importance de l'apprentissage entre pairs pour trouver des solutions africaines aux défis africains. Si l'expertise européenne, comme celle partagée par la PTS, est inestimable, apprendre de ses homologues africains l'est tout autant, a-t-il expliqué. Il a raconté comment des visites d'institutions comme Ericsson lui ont ouvert les yeux sur l'ampleur des investissements et de la recherche qui façonnent les télécommunications mondiales, et comment la participation à des forums internationaux tels que le SMSI aide les régulateurs africains à peser sur le paysage numérique mondial. Il a exhorté davantage d'États membres à rejoindre iPRIS, soulignant que le programme renforce non seulement les capacités réglementaires, mais bâtit aussi une communauté capable de façonner collectivement l'avenir numérique de l'Afrique.

Pour conclure la session, une étape importante a été franchie avec la signature d'un protocole d'accord entre SPIDER et l'ANACOM. L'accord formalise un partenariat stratégique visant à approfondir la collaboration avec les pays lusophones d'Afrique, dont l'Angola, le Mozambique, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau et São Tomé-et-Príncipe. Ce protocole traduit un engagement à faire progresser le renforcement des capacités réglementaires et la coopération numérique au sein des nations lusophones, en cohérence avec l'approche multilingue d'iPRIS en faveur d'un développement numérique inclusif.

Cette session du Forum du SMSI 2026 l'a démontré : la connectivité significative ne consiste pas seulement à relier les personnes aux réseaux, elle consiste à les relier aux opportunités. Les discussions l'ont montré clairement, l'investissement dans les infrastructures doit s'accompagner d'un investissement dans les institutions. La transformation numérique réussit lorsqu'elle est inclusive, collaborative et guidée par la confiance et l'équité. Grâce à des initiatives comme iPRIS, les régulateurs d'Afrique et d'Europe posent les fondations d'un avenir numérique non seulement connecté, mais véritablement inclusif.

iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER, en partenariat stratégique et technique avec l'Autorité suédoise des postes et télécoms (PTS), l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR) et l'Autoridade Nacional de Comunicações (ANACOM), ainsi qu'avec l'ARTAC, la CRASA, l'EACO et l'ARTAO.

iPRIS est financé par l'Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l'initiative Team Europe « D4D pour l'économie et la société numériques en Afrique subsaharienne » (code : 001).