Du 13 au 29 avril, iPRIS a accueilli sa 8e cohorte à Stockholm, en Suède, pour un programme complet d’apprentissage entre pairs de deux semaines et demie. Les sessions d’échange de connaissances, qui ont marqué la fin du premier round du cycle iPRIS, ont réuni des autorités nationales de régulation (ANR) africaines, des organisations sous-régionales de régulation (ORR), les partenaires de mise en œuvre, dont l’Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS) et le Programme suédois pour les TIC dans les régions en développement (SPIDER), ainsi que des partenaires européens. Tous se sont retrouvés pour faire avancer et renforcer les initiatives de changement (IC) des ANR africaines. Le cycle a couvert des domaines clés du renforcement institutionnel, du renforcement des capacités, de la collaboration réglementaire et de l’échange de connaissances afin de consolider la capacité de régulation et de stimuler une transformation numérique inclusive en Afrique subsaharienne. La 8e cohorte rassemblait les ANR de la Liberia Telecommunications Authority (LTA), de l’Information and Communications Technologies Authority (ICTA), de la Communications Regulatory Authority of Namibia (CRAN), de la National Communications Authority (NatCA), de la Tanzania Communications Regulatory Authority (TCRA) et de la Postal & Telecommunications Regulatory Authority of Zimbabwe (POTRAZ). Des représentants des ORR: ARTAO, EACO et CRASA, ont également rejoint les ANR pour contribuer à l’avancement de leurs IC et à la coopération régionale. Le succès du premier cycle de la 8e cohorte d’iPRIS marque une étape clé vers un avenir connecté, inclusif et numériquement autonome.

Selon GSMA (2024), la couverture du haut débit mobile en Afrique subsaharienne atteint désormais plus de 87 % de la population. Des écarts importants subsistent toutefois, comme le souligne un autre rapport de GSMA (2024) : l’Afrique subsaharienne reste la région où les niveaux de connectivité sont les plus bas et où les écarts de couverture et d’usage sont les plus importants, avec 27 % de la population connectée, un écart de couverture de 13 % et un écart d’usage de 60 %. Ces deux rapports montrent que, malgré la progression de la couverture du haut débit mobile, les écarts d’usage persistent à l’intérieur même des zones couvertes, tandis que la fracture numérique continue d’affecter les communautés rurales et mal desservies. Si les réseaux haut débit mobiles se sont considérablement étendus en Afrique subsaharienne, le défi le plus important consiste désormais à transformer la couverture en usage significatif. La formation de la 8e cohorte d’iPRIS visait à relever ce défi en renforçant les capacités des ANR à travers des sessions consacrées notamment à la gestion du spectre, à la cybersécurité, aux cadres réglementaires et à la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI).

Semaine 1 : Renforcer les institutions et faire progresser l’inclusion numérique

La première semaine du programme a permis aux participants de poser les bases de leurs IC, de renforcer la capacité de régulation et d’approfondir l’apprentissage entre pairs au sein des ANR. La semaine a soutenu la mise en œuvre concrète grâce à une exposition à la gestion de projet, aux cadres DEI et aux pratiques réglementaires internationales. Pierre angulaire du programme iPRIS, les IC ont été au cœur de la première journée du round, chaque ANR présentant son propre champ d’élaboration et de mise en œuvre de politiques dans le secteur des TIC. Les IC portaient sur la qualité de service, l’inclusion numérique des personnes en situation de handicap, la cybersécurité, la régulation du marché et la gestion du spectre. À travers les revues par les pairs et les apports d’experts de SPIDER et de PTS, chaque ANR a consolidé son axe principal, identifié des lacunes et des défis, et clarifié son périmètre. Les participants se sont attachés à concevoir des initiatives ancrées dans des besoins clairs, des solutions pratiques et un impact mesurable.

Comme cela a été souligné dans les discussions sur le renforcement institutionnel dans le cadre d’iPRIS :

Les experts en télécommunications de SPIDER et de PTS ont renforcé la capacité de régulation des participants en partageant des bonnes pratiques institutionnelles, des cadres de politiques publiques et des outils concrets de mise en œuvre. Malena Liedholm Ndounou (SPIDER) a doté les participants d’un plan de gestion de projet, un outil destiné à garantir une exécution efficace de ces projets afin qu’ils atteignent leurs objectifs tout en faisant progresser l’inclusion numérique en Afrique subsaharienne.

Dans la foulée, elle a présenté un cycle de projet structuré en sept étapes, qui guide les participants depuis l’identification du problème jusqu’à la définition des objectifs, des résultats, des indicateurs, à la planification des ressources, à la cartographie des parties prenantes, à la mise en œuvre, puis au suivi, à l’évaluation, à la redevabilité et à l’apprentissage (SERA). Un point clé soulevé lors de cette présentation a été la nécessité d’intégrer la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI) tout au long des étapes de mise en œuvre d’un projet.

Per Andersson, Antonia Wopenka, Jesper Svedberg, Per-Erik Vitasp et Gustav Söderlind, experts en télécommunications de PTS, ont animé les sessions d’échange institutionnel et technique de la JEO, qui ont offert un éclairage sur les cadres réglementaires européens, les modèles de gouvernance numérique, les pratiques de cybersécurité et les approches de développement numérique inclusif. Ces sessions ont mis en évidence que, si la technologie a évolué vers un écosystème numérique plus intégré et plus convivial, les menaces de cybersécurité, la fraude et l’exclusion numérique ont parallèlement augmenté. Les experts de PTS ont présenté les cadres réglementaires mis en place pour bâtir la résilience et endiguer ces risques. Cela constitue l’un des principaux enseignements que les ANR pourront également appliquer dans leurs propres autorités, dans des cas similaires.

La première semaine avec la cohorte a permis de consolider les IC sur une base analytique solide et a donné aux participants une vision claire de la manière dont les cadres réglementaires peuvent rendre possibles des marchés numériques équitables.

Lire la suite sur les sessions de la semaine 1 ici.

Semaine 2 : Des cadres à un impact réglementaire concret

Au cours de la deuxième semaine, les sessions sont passées d’une réflexion sur les systèmes et les cadres institutionnels à des discussions concrètes sur l’harmonisation, la cartographie du haut débit, la gestion du spectre, l’évaluation de projets et la collaboration régionale. Sous la conduite d’experts de PTS et de SPIDER, les participants ont engagé des échanges sur la protection de l’utilisateur final et la DEI. Lisa Gurner, de PTS, a guidé la cohorte à travers les cadres et les initiatives de l’autorité européenne chargée de la protection des utilisateurs finaux, notamment le Code des communications électroniques européen (CCEE).

Un fil rouge a parcouru les discussions : la régulation doit aller au-delà de la structure du marché et traiter explicitement la question de la vulnérabilité, des biais institutionnels et de l’exclusion numérique. Soulignant la responsabilité des régulateurs, Caroline Wamala Larsson, de SPIDER, a noté :

À mesure que les participants affinaient leurs IC, ils ont été invités à repenser l’inclusion non comme un ajout en bout de chaîne, mais comme un résultat réglementaire central, à intégrer dès la première étape, par une planification et une mise en œuvre structurées.

La semaine a basculé vers une application pratique grâce à une exposition industrielle et technique. La visite de terrain chez Ericsson a permis aux participants de mieux comprendre comment les solutions de connectivité sont développées en pratique, en mettant en lumière le rôle du secteur privé dans l’innovation et l’importance d’une régulation réactive face aux technologies émergentes. Ont suivi des sessions JEO intensives animées par Bo Andersson, Andreas Wigren, Jens Ingman, Amela Hatibovic Sehic, Gustav Lenninger et Fredrik Johansson. Ces sessions ont porté sur le déploiement du haut débit, la cartographie du haut débit et la gestion du spectre, le modèle réglementaire suédois fondé sur les données illustrant la manière dont une information granulaire améliore la prise de décision, la redevabilité et l’analyse de la couverture. Mettant en relief l’impact plus large d’une telle approche fondée sur les données, Jens Ingman, analyste senior à PTS, a observé :

Les discussions sur l’harmonisation régionale ont en outre rappelé l’importance d’approches réglementaires coordonnées entre les pays.

À la fin de la deuxième semaine, les participants avaient fait évoluer leur compréhension de la régulation : un contrôle efficace dépend de la collaboration entre régulateurs, industrie et systèmes de données solides pour garantir un accès équitable et significatif aux services numériques.

Lire la suite sur la semaine 2 ici.

Semaine 3 : Définir la marche à suivre pour les initiatives de changement

La troisième semaine a constitué une étape déterminante du premier cycle du programme : les participants ont consolidé les connaissances réglementaires, les outils et les approches acquis au cours des semaines précédentes, pour les traduire en plans de mise en œuvre tournés vers l’avenir. Après les sessions sur la gestion de projet, la DEI, l’intersectionnalité, la JEO et la régulation des télécoms, les ANR sont entrées dans la dernière phase de discussions sur les IC avec les experts de SPIDER et de PTS. Les représentants des ORR ont également contribué par des échanges de connaissances et des perspectives régionales, renforçant la valeur de la coopération entre régions. Ces discussions ont aidé les participants à affiner les objectifs, à clarifier les produits et les résultats attendus, et à évaluer la faisabilité de la mise en œuvre.

Henrik Höglin a présenté aux participants Kivra, une boîte aux lettres numérique permettant de recevoir des documents importants — factures, fiches de paie, relevés bancaires annuels et vérifications de crédit — provenant d’entreprises, de banques et d’administrations. Kivra mise sur la durabilité environnementale : plus il y a d’utilisateurs, moins il y a de courriers papier et plus la communication est numérique, ce qui réduit les déchets. Cette session a apporté un éclairage pratique sur la fourniture de services numériques centrés sur l’utilisateur et sur l’adaptabilité réglementaire.

Les présentations « Marche à suivre » ont été le point d’orgue de la semaine, chaque ANR exposant la manière dont son IC progresserait au-delà de la phase de formation pour se traduire en action réglementaire concrète. Ces présentations ont rappelé qu’une régulation efficace exige des plans de mise en œuvre clairs, mesurables et durables, soutenus par la redevabilité et l’appropriation institutionnelle. La journée a été consacrée à la réflexion, à la consolidation et à la clôture, les participants présentant leurs plans de projet affinés et démontrant les progrès réalisés depuis les concepts initiaux jusqu’aux interventions structurées.

Le premier cycle s’est conclu par les évaluations, les mots de clôture et la remise des certificats, marquant le passage de l’apprentissage entre pairs à la mise en œuvre. En cohérence avec l’objectif d’iPRIS, la semaine 3 a doté les régulateurs d’outils opérationnels et adaptés à leur contexte pour faire avancer la transformation numérique dans leurs pays respectifs.

Une cohorte prête à passer à l’action

Au fil de ces deux semaines et demie, la 8e cohorte d’iPRIS est passée d’un apprentissage réglementaire fondamental à l’élaboration et à l’affinement structurés des initiatives de changement, pour aboutir à des plans de mise en œuvre clairs grâce aux présentations « Marche à suivre ». Le programme a fait progresser le dialogue réglementaire et l’apprentissage entre pairs des ANR africaines, avec l’appui de partenaires européens et de partenaires de mise en œuvre, dont SPIDER et PTS. Tout au long des sessions, les participants ont cheminé d’une compréhension conceptuelle vers une application réglementaire concrète, sans perdre de vue l’inclusion, une gestion de projet porteuse de sens et une mise en œuvre efficace.

Ce premier round du cycle iPRIS a renforcé un engagement partagé en faveur d’écosystèmes numériques résilients, inclusifs et prêts pour l’avenir, à l’échelle de l’Afrique subsaharienne.

Avec leurs plans «Marche à suivre» désormais en place, les participants achèvent la phase de Stockholm avec des feuilles de route réglementaires plus claires, des perspectives institutionnelles renforcées et des initiatives de changement plus abouties. La cohorte aborde maintenant l’étape suivante du programme iPRIS, prête à traduire ses connaissances en actions à travers la réforme de la réglementation, l’amélioration de la performance institutionnelle et sa contribution à l’agenda plus large de transformation numérique de l’Afrique. Les participants se retrouveront dans six mois à Nairobi, au Kenya, pour faire le point sur leurs avancées.

 

iPRIS est coordonné et mis en œuvre par SPIDER en partenariat stratégique et technique avec l’Autorité suédoise des postes et télécommunications (PTS) et l’Institut luxembourgeois de régulation (ILR), ainsi qu’avec ARTAC, CRASA, EACO et ARTAO.

iPRIS est financé par l’Union européenne, la Suède et le Luxembourg dans le cadre de l’initiative Équipe Europe « D4D pour l’économie et la société numériques en Afrique subsaharienne » (Code : 001).